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Philippe Besset - président de la FSPF

« Je veux rénover le syndicalisme »

Récemment élu président de la FSPF, Philippe Besset explique les priorités de son mandat. Il précise également sa position sur la vente en ligne de médicaments et la dispensation à l’unité et appelle à une réunification des syndicats.

Par Christophe MicasPhotographe Nicolas Kovarik

BioExpress

Ce pharmacien titulaire
à Limoux (Aude) était
auparavant vice-président
de la FSPF. Spécialiste de
l’économie et de l’informatique
officinales, il souhaite
poursuivre l’action entreprise
depuis dix ans qui consiste
à ancrer le pharmacien dans
son rôle de professionnel
de santé, tout en reconnaissant
celui de chef d’entreprise.

  • Depuis 2016 : président
    de la société Résopharma.
  • Depuis 2007 : membre
    du bureau national de la FSPF.
  • 2002 : élu président
    du syndicat des pharmaciens
    de l’Aude.
  • 1994 : titulaire d’une officine
    à Limoux (Aude).
  • 1993 : obtient le diplôme d’État
    de docteur en pharmacie.
  • 1987 : élu vice-président
    de l’Association nationale des
    étudiants en pharmacie
    de France (Anepf).

 

Vous venez d’être élu président de la FSPF. Quels seront vos chantiers prioritaires pour les trois années à venir ?

Je vais d’abord m’attacher à accompagner la mise en œuvre de la vaccination généralisée à l’officine dont l’avenant vient d’être signé par mon prédécesseur à la Fédération, Philippe Gaertner. Mon deuxième chantier prioritaire concerne l’intégration des pharmaciens dans les projets de coordination des soins. Je pense notamment à la dispensation coordonnée, c’est-à-dire protocolisée. Je souhaite aussi construire, sur la base des honoraires, un mode de rémunération juste pour les officines, qui puisse leur permettre de rétribuer correctement leurs équipes officinales, d’investir pour améliorer leur pharmacie et de vivre. Enfin, en ce qui concerne l’entreprise officinale, j’entends faire exister la convention collective de la branche professionnelle et faire respecter ses décisions.

Êtes-vous inquiet de la récente prise de position du Premier ministre Édouard Philippe en faveur d’un assouplissement de certaines règles encadrant les pharmacies en ligne ?

Les pharmaciens doivent répondre présent dans le domaine du numérique. J’ai vu, à travers l’enquête que j’ai menée auprès de nos confrères dans le cadre de ma campagne, qu’ils n’étaient pas prêts à se lancer dans la vente en ligne de médicaments, ni seuls ni via une solution mutualisée. Pour autant, ma conviction est qu’il faut accompagner cette volonté du Premier ministre de développer les solutions numériques. J’ai conscience d’être à l’opposé de l’opinion des pharmaciens. En réalité, je suis plutôt d’accord avec Édouard Philippe à condition que l’on respecte le principe fondamental d’une relation directe entre le patient et le pharmacien qui prend la responsabilité de la dispensation. Quoi qu’il en soit, rien ne sera décidé sans l’aval de l’assemblée générale de la Fédération, le rôle du président est d’exécuter ses décisions.

Pensez-vous que le principe de la dispensation protocolisée sera finalement adopté malgré les réserves de la ministre de la Santé ?

Agnès Buzyn n’a pas dit qu’elle y était opposée mais qu’elle voulait attendre les résultats des discussions entre les syndicats de médecins et de pharmaciens. Nous avons rencontré les médecins dans le cadre du Centre national des professions libérales de santé (CNPS). Peut-être arriverons-nous à trouver une position commune. En tout cas, c’est mon objectif.

Êtes-vous d’accord avec la ministre sur l’intérêt de la vente à l’unité pour les médicaments à prescription courte, comme les antibiotiques ?

La Fédération est favorable à la dispensation à l’unité pour certains médicaments. En revanche, nous sommes clairement opposés à sa généralisation à tous les traitements. La dispensation à l’unité existe déjà pour les stupéfiants. Elle pourrait également concerner, si les autorités de santé le demandaient, les antibiotiques critiques. En résumé, nous sommes d’accord pour certains médicaments mais aussi pour certaines catégories de patients, telles les personnes âgées vivant seules, désorientées. Dans ce cas, il faudrait même aller plus loin que la dispensation à l’unité et réaliser de la préparation des doses à administrer (PDA). Mais pour tous les autres médicaments, et notamment les traitements chroniques, il paraît complètement déraisonnable de remplacer un système industriel peu coûteux et sûr par un processus artisanal bien plus onéreux pour la collectivité. C’est un non-sens économique et un non-sens en termes de santé publique.

Pendant votre campagne, vous avez souvent évoqué l’idée de changer de méthode d’action syndicale. Concrètement qu’est-ce que cela signifie ?

Je veux rénover le syndicalisme. Nos confrères ont besoin d’un syndicalisme fort, qui porte leur parole auprès des pouvoirs publics, mais aussi d’un syndicalisme de proximité qui leur explique les raisons de l’action. Je veux également réactiver le syndicalisme militant. Je crois que c’est d’ailleurs une attente de la profession.

« Je lance un appel
à l’unité syndicale
afin de défendre
la profession. »

Dans l’enquête que j’ai réalisée pendant ma campagne, plus de 90 % des pharmaciens ont répondu qu’ils étaient prêts à aller dans la rue pour défendre le modèle de la pharmacie à la française, c’est-à-dire le monopole, la réserve du capital et l’organisation du réseau. Cela montre clairement que la position que nous défendons est partagée. De même, une majorité de pharmaciens, environ 60 %, déclarent qu’ils comptent faire des bilans de médication et des entretiens pharmaceutiques en 2019. Ils sont pour le développement d’autres types d’accompagnement mais demandent une simplification des modalités administratives de ceux déjà en place. Je prône également un syndicalisme ouvert, nous n’avons aucun adversaire au sein de la profession. Là encore, les pharmaciens y sont largement favorables. Selon la même enquête, près de 9 titulaires sur 10 souhaitent ainsi la réunification des syndicats. Je lance donc un appel à l’unité syndicale pour défendre la profession.

En pratique, comment cela va-t-il se traduire ?

Je vais me rapprocher des représentants des syndicats départementaux qui ont quitté la Fédération et, en premier lieu, du président de l’Uspo. J’ouvre une phase de dialogue, une invitation à participer à toutes les instances ; c’est une main tendue. Cette unité syndicale représenterait une force dans les discussions avec les pouvoirs publics. Ils sauraient ce que pensent majoritairement les pharmaciens. À l’origine, la FSPF s’appelait l’Association générale des pharmaciens de France. Elle peut encore changer de nom.

Pouvez-vous nous présenter l’équipe avec laquelle vous allez travailler durant votre mandat ?

Six commissions ont été constituées. La commission Entreprise officine est présidée par Philippe Denry. Elle a notamment pour mission de gérer la branche professionnelle, la formation initiale et continue des pharmaciens et de veiller au respect de l’un des principes fondamentaux du modèle officinal, à savoir la réserve du capital. Valérian Ponsinet travaillera dans cette commission sur le volet de l’intégration des jeunes dans la profession. Il apportera également son soutien à la commission Convention et Systèmes d’information sur les aspects technologiques du métier de pharmacien. Cette commission, présidée par Christophe Koperski, sera plus largement chargée du système conventionnel avec l’Assurance maladie. La commission Métier pharmacien, présidée par Fabrice Camaioni, traitera de l’exercice professionnel, tandis que la commission Études et Stratégies économiques, dirigée par Denis Millet, s’intéressera aux futures étapes de la mise en place des honoraires de dispensation.

« Ma conviction
est qu’il faut
accompagner
la volonté du
Premier ministre
de développer
les solutions
numériques. »

 J’ai défini des lignes à suivre, telles que l’instauration d’actes nouveaux, la revalorisation des honoraires actuels et pourquoi pas la création d’honoraires spécifiques pour certaines pharmacies suivant leur lieu d’installation ou leur engagement dans des missions de santé publique. La commission Vie syndicale, présidée par Frank Basque, sera chargée d’assurer le lien avec les syndicats départementaux. Éric Garnier, également vice-président, s’occupera pour sa part de mettre en place des services aux adhérents car nous entrons dans l’ère du syndicalisme de services. Notre volonté est d’en inclure dans la protection syndicale. Enfin, la dernière commission, Pharmacie clinique et Exercice coordonné, est la plus innovante. Elle sera présidée par Sophie Sergent et se chargera des relations avec les associations de patients, la Haute Autorité de santé (HAS), l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) et de l’intégration des pharmaciens dans les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS). Vous le voyez, les chantiers sont nombreux et les défis immenses. Mais s’il y a un mot qui doit caractériser ces trois années à venir, c’est celui de « confraternité ».

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