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Le sevrage tabagique s’embrase

Entre les augmentations du prix du tabac et les campagnes du gouvernement, les ventes de produits de sevrage tabagique ont augmenté de 10 %.

Par Baptiste Cessieux

Chaque année, ce sont 750 000 fumeurs qui se décideraient à décrocher du tabac. Et il existe autant de profils que de produits de sevrage tabagique : patchs de 16 ou de 24 heures, gommes à mâcher, bonbons à sucer, sprays ou inhalateurs, les médecins et les pharmaciens n’ont que l’embarras du choix. Si le marché, selon les laboratoires Pierre Fabre, avait été bousculé en 2013 et v2014 avec l’apparition de magasins de cigarettes électroniques à tous les coins de rue, la concurrence s’est à présent tarie : le chiffre d’affaires (CA) du secteur est remonté de 6 % en 2015 et progresse encore de 9 % cette année. Un regain d’activité appuyé par les autorités, au dire de Coraline Lan, chargée de projet chez Pierre Fabre : « L’opération “Moi(s) sans tabac”, en novembre dernier, a remporté un vif succès. Plus de 180 000 personnes se sont inscrites sur le site du gouvernement et l’on estime que quelque 600 000 fumeurs ont entamé une démarche pour arrêter de fumer à ce moment-là. » 
Cette incitation a été assortie d’un triplement du forfait de prise en charge du sevrage tabagique, entré en vigueur au 1er novembre et marquant les ventes de ce seul mois d’une jolie progression de 16 % par rapport à la moyenne des ventes mensuelles sur 2016. Une hausse quatre fois plus importante que celle de janvier (+ 4 %), période pourtant propice aux bonnes résolutions. Pour les industriels, c’est une (bonne) surprise. « En observant les chiffres de ventes, indique Coraline Lan, il est clair que cette incitation a eu un effet important, dont nous ressentons encore les effets aujourd’hui. »

Transferts

Entre les trois concurrents qui se disputent le marché, Johnson & Johnson Santé, Pierre Fabre et GlaxoSmithKline, c’est Pierre Fabre qui semble avoir le plus bénéficié de cet environnement favorable, avec une croissance de 12 % en 2016. En effet, Nicopatch, que produit le laboratoire depuis 1992, représente la moitié des ventes de patchs nicotiniques. Et, mécaniquement, c’est lui qui a majoritairement tiré profit de la flambée des tentatives d’arrêt du tabac. Les deux autres leaders ne sont pas en reste. La gamme Nicotinell de GlaxoSmithKline – comprimés, gommes et patchs – a progressé de 9 %, mais le CA du laboratoire a, lui, diminué de 17 % entre 2015 et 2016 suite à sa décision de se séparer de NiQuitin. GlaxoSmithKline s’est d’ailleurs au même moment délesté de plusieurs gammes de médicaments OTC, ayant décidé de se recentrer sur les vaccins. NiQuitin est désormais détenu par l’irlandais Perrigo et commercialisé en France par Omega Pharma. Après ce transfert de marque, il a vu son CA bondir de 35 % en 2016. Enfin, Johnson & Johnson Santé, numéro 1 du marché en CA, a, lui, vu celui de sa gamme Nicorette progresser de 3 % l’an dernier. Et le marché du sevrage tabagique, qui atteint désormais près de 100 millions d’euros, a encore de beaux jours devant lui. 

Les faux pas du premier « Moi(s) sans tabac »

Lancée en octobre 2016, la campagne « Moi(s) sans tabac » du gouvernement avait deux atouts : le triplement du forfait de prise en charge et une grande campagne de communication. Les affiches et les spots publicitaires incitaient à se rendre en pharmacie pour récupérer les kits d’information… qui n’arrivèrent que début novembre. Au nombre d’une dizaine par pharmacie, ces kits, contenant un CD et quelques prospectus, ont en outre été rapidement épuisés. Des groupements avaient par ailleurs pris le relais, proposant leur propre kit. Si l’opération venait à être renouvelée en 2017 par le nouveau gouvernement, espérons qu’elle dépasse ces quelques problèmes de logistique.

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