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L’incontinence urinaire féminine

Alors que ses symptômes peuvent être gênants, l’incontinence urinaire féminine reste taboue. Voici les clés pour améliorer la prise en charge au comptoir.

Par Alexandra Chopard

PHYSIOPATHOLOGIE

L’incontinence urinaire est une pathologie fréquente : elle affecte 25 à 45 % des femmes. Elle résulte d’une rupture de l’équilibre entre les forces d’expulsion (muscle vésical et pression abdominale transmise à la vessie lors d’un effort) et les forces de retenue (appareil sphinctérien et périnée). Le sphincter ne joue alors plus son rôle de verrou.

Les formes cliniques les plus fréquentes sont :

  •  l’incontinence urinaire d’effort (50 % des cas), provoquée par la toux, la pratique sportive, les fous rires… ;  
  • l’incontinence urinaire par impériosité, liée à une hyperexcitabilité de la vessie potentiellement causée par une infection (rarement diagnostiquée) ;  
  • l’incontinence urinaire mixte, qui combine les deux types de symptômes (40 % des cas). Elle est surtout fréquente chez la femme âgée.

 

VOTRE RÔLE

Cette pathologie affecte l’image de soi et peut provoquer des complications dermatologiques (macération, escarres). Or près d’une femme sur deux présentant une incontinence quotidienne ne cherche pas à la traiter ! Il est donc essentiel de lever le tabou pour permettre aux patientes de bénéficier des prises en charge les plus adaptées. Une relation positive a en outre été démontrée entre le port de garnitures et la recherche d’un traitement : les protections constituent donc la meilleure entrée en matière pour évoquer ce type de trouble au comptoir.

À mettre en place à l’officine :

  •  évoquer les « petites fuites urinaires » avec les patientes, notamment les femmes enceintes, celles qui ont accouché il y a peu, celles qui entrent dans la ménopause, les grandes sportives…, en insistant sur leur caractère commun et traitable ;
  •  interroger les patientes sous diurétiques, inhibiteurs calciques ou antidépresseurs car ces médicaments peuvent favoriser une incontinence urinaire ;
  •  exposer des garnitures, en montrant l’étendue des gammes et leurs avantages respectifs : protections anatomiques, sous-vêtements absorbants, alèses…, pour rendre leur accès aisé ;
  •  remettre à l’occasion des échantillons de protections, pour rassurer sur leur discrétion.

 

CONSEILS AU COMPTOIR

  •  Boire suffisamment : l’urine ne doit pas être trop concentrée car elle est alors irritante pour la vessie et peut engendrer des infections.
  •  Éviter certaines boissons. Celles contenant de la caféine sont irritantes. L’alcool est également un perturbateur mictionnel : consommé en excès, il peut déclencher un besoin impérieux d’uriner.
  • Limiter le tabac : le risque d’incontinence urinaire à l’effort est 2,5 fois plus élevé chez les fumeuses.
  •  Attention au surpoids : c’est un facteur aggravant car il augmente la pression sur la vessie et les muscles de la région périnéale. L’activité physique doit être encouragée, en préférant les sports doux : vélo, natation, yoga et, bien sûr, marche.
  •  Lutter contre la constipation, pourvoyeuse d’incontinence, voire de prolapsus (descente d’organe concernant notamment la vessie par défaut de soutien pelvien). Privilégier une alimentation riche en fibres et traiter le ralentissement du transit, ce qui améliorera rapidement la continence.
  • Consulter un médecin généraliste, une sage-femme ou un gynécologue en cas de gêne, même ponctuelle.

 

QUESTIONS DE PATIENTES

Je fais régulièrement des exercices type « stop pipi ». Est-ce suffisant comme rééducation ? Non, ce n’est pas un exercice adapté. S’il permet d’objectiver l’efficacité de la contraction du périnée, il peut s’avérer dangereux. En effet, l’arrêt du flux mictionnel peut entraîner une contraction du sphincter de l’urètre qui, en provoquant une présence résiduelle d’urine dans la vessie, favorise les infections urinaires. La consultation d’une sage-femme ou d’un kinésithérapeute spécialisé est recommandée pour faire le point.

J’ai accouché il y a trois mois et je ne ressens aucune gêne. Dois-je tout de même suivre des séances de rééducation périnéale ? En l’absence de gêne, la rééducation ne présente pas d’intérêt. Cependant, il est possible que des lésions musculaires profondes ou neurologiques soient présentes et que les signes cliniques d’incontinence ne se manifestent que lors d’une nouvelle grossesse, d’une prise de poids, de la ménopause… Consulter permettra de cerner vos besoins.

Il paraît qu’on peut utiliser un pessaire pour limiter les fuites urinaires. Pouvez-vous m’en commander ? Le pessaire est un anneau ou un cube en matière souple, qui s’insère dans le vagin et adhère aux parois naturelles. Il soutient les muscles du périnée et soulage les sensations de pesanteur. Il peut permettre de différer une prise en charge chirurgicale du prolapsus et d’atténuer l’incontinence. Cependant, il est impératif d’essayer différents modèles en consultation pour trouver la bonne taille et s’assurer de la bonne tolérance : il doit donc être prescrit par un soignant qui indiquera la taille adaptée (voir « La rééducation périnéale »).

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