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Les dessous des ruptures

Le plan en six points des industriels du médicament remet la question des pénuries sur le devant de la scène. Le gouvernement prépare des annonces.

© FOTOLIA/PANDAVECTOR

Et si, parmi toutes les causes de rupture de stock possibles et imaginables des médicaments, leur prix en était une ? Philippe Lamoureux, directeur général du Leem (Les entreprises du médicament), n’en fait pas mystère : « Les molécules en rupture sont souvent des molécules anciennes, peu chères, voire génériquées », a-t-il rappelé le 19 février dernier lors de la présentation du plan en six points des industriels pour lutter contre les pénuries de médicaments. De fait, la majorité des ruptures de stock concerne les anti-infectieux (antibiotiques, vaccins…), les médicaments du système nerveux central ou certaines chimiothérapies. Thomas Borel, directeur des affaires scientifiques du Leem, préconise ainsi l’ouverture de négociations avec le Comité économique des produits de santé (CEPS), dans la mesure où « 7 % des causes de ruptures sont liées à des contraintes économiques ».

Revoir le circuit d'information

Les industriels n’oublient pas pour autant d’épingler les « short liners », ces spécialistes de l’exportation parallèle de médicaments quand le différentiel de coût entre deux pays le justifie économiquement. Un commerce certes légal mais qui a « un effet d’aggravation sur les ruptures », note Philippe Lamoureux. Le partage d’informations est également au cœur du sujet, puisque le Leem constate qu'elles « n’arrivent pas de manière suffisamment étayée aux pharmaciens d’officine ; nous travaillons en ce moment avec l'Ordre des pharmaciens pour améliorer le DP-ruptures. De plus, le médecin n’a aucune information au moment de prescrire sur d’éventuelles tensions ou des ruptures d’approvisionnement ». Enfin, comme cela avait été évoqué fin janvier, les industriels préconisent de concentrer la lutte contre les pénuries sur un nombre restreint de médicaments, appelés Miss, pour médicaments d’intérêt sanitaire et stratégique (Miss).  

Du côté de Ségur

En effet, les médicaments d’intérêt thérapeutique majeur (MITM), créés en 2017, représentent près de 40 % de la Pharmacopée ! Le début de la fin des pénuries de médicaments ? Le gouvernement semble s’être emparé du sujet : « Nous avons […] analysé les différentes propositions [et] engagé sur cette base des travaux », a expliqué Adrien Taquet, secrétaire d’État auprès de la ministre de la Santé lors d’un débat à l’Assemblée nationale, suite à la remise du rapport sénatorial. Le plan d’actions visera à « renforcer les moyens de lutter contre les ruptures de stock » autour de « trois axes majeurs ». Le suspense est à son comble.

Par Laurent Simon

21 Février 2019

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