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La substitution thérapeutique refait surface

Pour pallier les ruptures, les sénateurs proposent d'élargir les compétences du pharmacien.

© FOTOLIA/MIZAR_21984

Les années se suivent et la situation ne fait qu’empirer. Le rapport de la mission d’information sur les pénuries de médicaments et de vaccins, lancée fin juin par le Sénat, note ainsi qu’« avec 530 signalements, soit dix fois plus qu’il y a dix ans, l’année 2017 a en effet vu un nombre record de ruptures et risques de rupture de stock et d’approvisionnement déclarés auprès de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) pour des médicaments essentiels ». Pour tenter d’endiguer ce phénomène alarmant qui résulte de causes industrielles et économiques aggravées par des dysfonctionnements au sein du circuit de distribution, la mission sénatoriale a émis trente propositions dont certaines concernent directement les pharmaciens d’officine.

La rétrocession sous conditions

Outre la possibilité de « faciliter l’approvisionnement direct auprès des laboratoires et de leurs dépositaires en cas de tension sur des médicaments », les sénateurs estiment qu’il serait opportun d’« expérimenter la rétrocession de stocks entre officines uniquement pour des médicaments signalés en tension ou rupture ». Une autre piste envisage le déconditionnement en pharmacie de certaines spécialités, voire « le déconditionnement [...] par les dépositaire ou les grossistes-répartiteurs de certains médicaments exposés à fort risque de rupture ». Des propositions qui demeurent cependant moins commentées que celle qui vise à modifier ponctuellement les prérogatives des dispensateurs.

Modèle québécois

Se référant à la Loi sur la pharmacie du Québec qui autorise le pharmacien à « substituer au médicament prescrit, en cas de rupture d’approvisionnement complète au Québec, un autre médicament de même sous-classe thérapeutique », les membres de la mission sénatoriale proposent de mettre en place une expérimentation qui ouvrirait aux pharmaciens « la possibilité de proposer aux patients une substitution thérapeutique d’une spécialité en rupture », sans obligation d’en référer préalablement au prescripteur. S’il est peu envisageable que cette mesure soit, pour l’heure, favorablement accueillie par les représentants des médecins, elle n’a pour autant rien de bien nouveau puisqu’elle figurait déjà dans les recommandations du 24 avril 2013 de l’Académie nationale de pharmacie. À l’époque, l’institution demandait à ce que les autorités sanitaires réfléchissent « à un modèle de dispensation s’inspirant du modèle québécois pour l’adaptation par le pharmacien de traitements médicaux en cas de ruptures »

Par Benoît Thelliez

5 Octobre 2018

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