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Philippe Besset

Président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France

© Nicolas Kovarik

Pour un Matignon de la prévention

« Freiner sans enfermer », prône le gouvernement. « Prévention plutôt que restrictions », lui rétorquons-nous. Depuis plusieurs mois, nous appelons à la mise en œuvre d’une véritable politique de santé publique dans notre pays. Une politique qui fasse de l’éducation à la santé, de l’apprentissage des gestes barrières, du dépistage des maladies ou encore de la vaccination sa priorité. Et les pouvoirs publics peuvent compter sur un acteur désormais incontournable, le pharmacien. Disponibilité, proximité, accessibilité : les officinaux ont toutes les cartes en main pour remplir cette mission. Mais aussi un savoir-faire que plus personne ne conteste aujourd’hui. Vaccination contre la grippe saisonnière et la Covid-19, dépistage des angines bactériennes et du SARS-CoV-2 sont devenus des actes parfaitement courants et maîtrisés par la grande majorité des confrères. 

« Nous appelons
à la mise en œuvre
d’une véritable politique
de santé publique
dans notre pays. »

Le « Ségur de la santé » aurait été le cadre idéal pour aller plus loin et donner un nouvel élan à la santé publique en France. C’était l’occasion d’enfin nous autoriser à vacciner l’ensemble de la population contre la grippe, à pratiquer les rappels de vaccins de l’adulte, à réaliser des tests pour davantage de pathologies, mais aussi de permettre la prise en charge de médicaments dispensés sur notre conseil, comme ceux du sevrage tabagique. 
Malheureusement, le dépistage et la prévention ont été oubliés de cette concertation et le « Ségur de la santé publique », promis par le ministre de la Santé pour le printemps, ne semble pas encore être inscrit à l’ordre du jour. La crise sanitaire aurait pourtant pu servir de catalyseur pour que notre pays s’engage enfin sur cette voie d’avenir. Les mesures de confinement, de couvre-feu, la prolongation incessante de la loi sur l’état d’urgence sanitaire sont devenus la norme et ont pris le pas sur les multiples actions de santé publique qui auraient permis d’agir plus en amont de l’hôpital. 
À l’heure où une troisième vague de l’épidémie de Covid-19 nous frappe de plein fouet, nous devons réagir collectivement. Il n’y a plus de temps à perdre et nous appelons à la convocation d’un « Matignon de la santé publique » auquel seraient associés l’ensemble des professionnels de la santé, mais aussi ceux de la restauration, de la culture, du sport… ainsi que des citoyens de tous horizons. Comme le dit René Char, « on ne se bat bien que pour les causes qu’on modèle soi-même. »

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