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Les probiotiques en ont dans le ventre !

À l’heure où l’on ne parle plus du mais des microbiotes (intestinal, cutané, buccal…), les probiotiques qui fleurissent pour travailler ces flores constituent un nouveau champ de connaissances qui permet un conseil riche et personnalisé au comptoir. 

Par Hélène Bry

© adobestock_vidi studio

Atteinte d’une maladie de peau depuis l’adolescence, Giulia Enders, doctorante en gastro-entérologie à l’université de Francfort (Allemagne), s’est passionnée pour les aspects méconnus de l’intestin, y voyant un lien avec sa mystérieuse dermatite. En 2015, elle publie Le Charme discret de l’intestin, qui devient un best-seller traduit en 18 langues. Depuis cinq ans, les médias s’entichent des pouvoirs fortiches du fameux microbiote, raffolant des études qui présentent l’intestin comme un « second cerveau ». 
Un engouement qui se traduit, à l’officine, par une offre plantureuse de probiotiques, des micro-organismes vivants qui, ­absorbés en quantité adéquate, sont là pour rééquilibrer le microbiote. Autrefois ­appelé flore intestinale, celui-ci est aujourd’hui considéré comme un organe à part entière constitué de quelque 100 000 milliards de bactéries.

Un marché d’un quart de milliard

Et ces « gentilles » bactéries, censées occuper le terrain pour que les pathogènes passent leur chemin, ne sont pas là juste pour décorer : elles sont entrées dans la vie et l’armoire à pharmacie des Français. « On ne parle pas d’un petit marché de quelques dizaines de millions d’euros. Mais de 250 millions d’euros de ventes par an, un quart de milliard ! », explique Nicolas Grélaud, directeur opérationnel d’OpenHealth Company. « Un marché dont la croissance annuelle, ces deux dernières années, est de 8,2 % au global », jouant le rôle de locomotive pour les compléments alimentaires.
Et un secteur dans lequel « deux tiers du marché sont concentrés sur cinq acteurs » : Pileje, avec son florissant Lactibiane et sa vingtaine de références ciblées, Biocodex avec sa mythique Ultra-Levure et bien d’autres nouveautés à succès comme Alflorex (intestin irritable), Procter & Gamble avec son très populaire Bion, Nutergia avec Ergyphilus et Mayoly Spindler avec Probiolog. Voilà pour les mastodontes, sachant que les deux colosses, Pileje et Biocodex, détiennent 45 % du marché. Et que, par produits, toujours selon les données d’OpenHealth, Lactibiane représente 22 %, Ultra-Levure 14 %, Bion 3 12 %, Ergyphilus 7 % et Probiolog 6 %. Mais il n’y a pas que la part du lion, ou plutôt des lions… « Ce marché, très porteur depuis 2015, a aussi vu arriver beaucoup de petits acteurs », analyse ­Nicolas Grélaud. Et eux aussi sortent leurs griffes, comme Aragan, une marque relancée par Ponroy devenu Havea, « avec 30 à 40 % de croissance ces trois dernières années », Kijimea, Iprad avec Physioflor, NHCO Nutrition, ­Immubio avec Physionorm, Arkopharma avec ­Arkobiotics Supraflor…

L’immunité comme promesse

« C’est un marché en pleine explosion et nous n’en sommes qu’au début », analyse Karl Parance, directeur général d’Immubio, apparu en 2017 avec ses produits danois. « On découvre l’intérêt de ces bactéries pour favoriser l’immunité dont on réalise qu’elle siège notamment dans l’intestin. » L’immunité est la grande tendance des probiotiques, qui ont par ailleurs une propension à se spécialiser, se segmenter, voire cibler des pathologies. Si le confort digestif représente toujours 66 % de l’offre, et l’immunité 15 %, « c’est bien cette dernière qui a tiré la croissance des probiotiques depuis le début de l’année. En cumul fixe de janvier à avril 2020, ce segment est en croissance de 37 % par rapport à la même période de l’année antérieure, alors que le confort digestif recule légèrement à – 0,6 % », analyse Nicolas Grélaud. L’observateur avisé note même un « effet Covid » : « Les probiotiques ont été particulièrement demandés au comptoir juste avant le confinement : entre la semaine 10 (du 2 mars) et la 12 (du 16), on a eu un boom des ventes, entre + 22 % de croissance en semaine 10 et + 40 % en semaine 12. » Un réflexe de capitalisation des patients sur leur immunité que confirment laboratoires et officinaux. Il coïncide d’ailleurs avec la temporalité biannuelle des cures que recommande Maguelone Lavalette, ­pharmacienne à Montpellier, férue de probiotiques et présidente de la commission produits de Giphar : « Je conseille des cures aux changements de saison ou de rythme, dès fin août pour travailler son immunité avant la rentrée, puis vers mars, avant les allergies. » Quels produits ? Pour l’immunité et le confort digestif, elle opte évidemment pour les deux probiotiques « maison » qu’a sorti son groupement. Mais propose ­aussi d’autres marques : Lactibiane de Pileje ou Alflorex de Biocodex pour le côlon irritable, Ergyphilus Intima de Nutergia pour l’inconfort intime et, localement, les gélules vaginales de Pileje. « Il y a un peu de tout dans l’offre, il faut faire attention car sinon on risque d’être déçu faute d’efficacité. Mon conseil : venir voir le pharmacien qui connaît les produits, a lu les études scientifiques sur les souches, effectué des formations… »

Des connaissances galvanisantes

Les fabricants rivalisent de sérieux pour servir aux pharmaciens un savoir scientifique sur les probiotiques. Biocodex met en avant son Institut du Microbiote, Pileje ses études en collaboration avec l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement et l’Institut national de la santé et de la recherche médicale. « Le pharmacien a un rôle essentiel, analyse Karine Tournier, responsable marketing chez Nutergia. C’est lui qui, lorsqu’il voit une ordonnance, pense à conseiller un probiotique. Nous disposons d’un service de conseil médical pour répondre à toutes leurs questions. » Les connaissances se bousculent, les nouveautés aussi. « L’innovation passe par le choix de souches ciblées et documentées qui vont moduler le microbiote, voire les microbiotes. Elle passe aussi par la galénique en ne ciblant pas uniquement l’intestin », explique Yoann Gaulmin, directeur du marketing stratégique chez Pileje, où l’on propose Lactibiane bucco-dentaire en comprimés pour rééquilibrer le microbiote buccal contre caries et mauvaise haleine, et Lacti­biane Immuno en comprimés pour une action globale, ciblant à la fois le milieu buccal et le milieu intestinal. « On en découvre chaque jour sur le rôle du microbiote », s’émerveille Camille Servant, marketing manager chez Biocodex. « Il existe des pistes passionnantes sur l’axe intestin-cerveau. Et l’on voit apparaître des souches qui pourraient agir sur le syndrome métabolique et le surpoids. » 

La dermo-cosmétique

Il y a les probiotiques, les prébiotiques (des fibres nourrissant les bactéries)… et les postbiotiques. « Quand on dit probiotiques, on pense bactéries vivantes. Or, pour certaines utilisations, on commence à utiliser la tyndallisation et les lysats : les bactéries ne sont alors plus vivantes mais conservent leurs propriétés santé », détaille Yoann Gaulmin chez Pileje. L’avantage ? Garder une action même avec des galéniques pas forcément adaptées aux souches vivantes, comme c’est le cas des crèmes ciblant le microbiote cutané. Pileje vient ainsi de sortir Lactibiane Topic AD et des marques comme Gallinée se lancent sur le créneau.

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