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Feu vert pour les sprays

Les sprays hypertoniques, amendés d’actifs végétaux, profitent de la disgrâce des vasoconstricteurs oraux à base de pseudoéphédrine et collent à la tendance privilégiant les produits naturels.

Par Alexandra Chopard

Le malheur des uns fait le bonheur des autres ! En effet, les voyants sont au vert pour les sprays de solutions hypertoniques indiqués dans la congestion nasale. Leur chiffre d’affaires (CA) s’est en effet développé de 3,7 % entre juin 2017 et juin 2018 (en cumul mobile annuel). L’interdiction de la publicité grand public pour les médicaments oraux contenant de la pseudoéphédrine (Actifed, Dolirhume, Humex Rhume…) a eu l’effet d’une bombe sur ces médicaments, même si le recours à la pseudoéphédrine par voie orale avait déjà été mis à mal par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) et les revues Prescrire ou 60 millions de consommateurs. Les principaux leaders de la forme orale à base de pseudoéphédrine ont ainsi vu leurs ventes baisser de plus de 30 % à l’hiver 2017-2018 par rapport à la saison précédente !

Prime au naturel

Cette mutation du marché renforce les ventes de sprays, même si ces derniers étaient déjà sur la pente ascendante, auréolés de leur réputation de « naturalité », à laquelle les consommateurs sont sensibles. De fait, « les sprays qui ont pour actifs des huiles essentielles (HE) ou des extraits de plantes sont en pleine croissance alors que ceux dont la composition est allopathique, comme Euvanol ou Nécyrane, voient leurs ventes régresser », note Lydie Ramond, chef de gamme Belivair pour le laboratoire Therabel Lucien Pharma. Parmi ces actifs, l’HE d’eucalyptus est l’ingrédient incontournable. Omega Pharma, leader du marché, la propose en association à de l’HE de niaouli, des extraits de menthe et de l’eau de mer dans son Spray nasal décongestionnant Phytosun Arôms, la référence la plus vendue en juin 2018, avec un CA de 7,5 millions d’euros (données laboratoire, juin 2018). Sur la seconde marche du podium, ProRhinel Extra Eucalyptus, qui génère 3,7 millions d’euros de CA, soit moins de la moitié de celui du leader, propose les mêmes ingrédients, exception faite du niaouli. La troisième place (3,4 millions d’euros de CA) est détenue par le Spray nasal bio Aromaforce (Pranarôm) ; en cohérence avec le positionnement du laboratoire, ce produit associe les HE de mandravasarotra, d’épinette noire, de géranium, de ciste ladanifère et de myrte à cinéole et… d’eucalyptus radié. Malgré leur apparente similitude, ces références n’ont pas la même cible : le spray bio est autorisé chez la femme enceinte (pas de menthol), au contraire des deux autres best-sellers. De même, Pranarôm conseille son spray à partir de 3 ans, les deux autres références leaders étant autorisées à partir de 6 ans. La suite du classement distingue Humer nez très bouché (Urgo) dont le positionnement est uniquement phyto avec des extraits de plantes tanniques (thé vert, myrtille, canneberge, sureau noir) dilués dans une solution hypertonique de glycérol. Il est donc autorisé durant la grossesse mais réservé aux plus de 12 ans. Le Spray nasal respiratoire Puressentiel, cinquième meilleure vente, est logiquement typé aroma : il est contre-indiqué chez la femme enceinte et autorisé à partir de 3 ans.

L’homéopathie toujours en forme

Dans la prise en charge de la congestion nasale et malgré les polémiques, les petits granules restent très populaires… Coryzalia (Boiron) a généré un chiffre d’affaires (CA) de plus de 4,5 millions d’euros (données Iqvia à mai 2018). Le tube de granules d’Allium Cepa composé (Boiron) est, lui, crédité d’un CA de près de 3,2 millions d’euros sur la même période : pas mal pour une spécialité cachée dans les tiroirs. Ces deux références se hissent donc respectivement à la hauteur des deuxième et quatrième marches du podium des sprays. Des données qui en disent long sur la contribution de l’homéopathie au CA du conseil hivernal.

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