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Les bactéries sont résistantes à l’alcool

Réputé efficace « à 99,9 % » sur les bactéries, comme le clament les produits antiseptiques, l’alcool peut-il générer des résistances chez les micro-organismes ?

Par Laurent Simon

L’alcool est-il toujours la panacée ?© FOTOLIA/KUNSTZEUG

L’utilisation de gels antiseptiques, généralisée depuis 2009 et l’épidémie de grippe H1N1, est souvent présentée comme la panacée contre les infections telles celles à Staphylococcus aureus (qu’ils ont contribué à réduire, en particulier à l’hôpital), mais leur réputation est remise en cause par des résultats d’une équipe australienne, basée à Victoria, parus en août dernier dans la revue Science Translational Medicine. Les chercheurs ont testé la résistance à l’isopropranol – un alcool couramment utilisé dans les produits antiseptiques –, que ce soit pour le nettoyage des surfaces ou l’hygiène des mains, d’une bactérie intestinale courante dans l’organisme et logiquement inoffensive, sauf chez les patients déjà fragilisés ou immunodéprimés : Enterococcus faecium. Les résultats font un peu froid dans le dos : les chercheurs ont testé la résistance à l’alcool de 139 souches d’entérocoques obtenues entre 1997 et 2015, et celles postérieures à 2010 étaient dix fois plus résistantes à l’alcool que leurs ancêtres. « Nous avons ensuite démontré que ces entérocoques tolérants à l’alcool résistent à une désinfection standard, à base d’isopropanol à 70 % », continuent-ils.

Pas de panique

La nature trouve toujours un moyen : les bactéries ont développé une résistance grâce à des mutations génétiques. Mais pas de panique, insiste la Société française d’hygiène hospitalière, qui réagit à cette étude très relayée : « En fait, c’est avec une concentration en isopropanol de 23 % que les auteurs ont commencé à observer ce qu’ils appellent une évolution de sensibilité au fil des années des souches de E. faecium testées. » Les doses auxquelles ont été exposées les bactéries sont donc inférieures à celles trouvées dans les désinfectants : « À la concentration de 70 %, toutes les bactéries sont tuées », précisent l’étude. Voilà qui plaide pour des procédures de désinfection encore plus strictes.

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