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L'omerta chez les pharmaciens

Les pharmaciens pensent autant au suicide que d'autres professionnels de santé mais en parlent moins.

« On ne dit pas que c’est de la grande revue scientifique mais ces chiffres sont assez parlants pour nous inciter à agir. » Si le docteur Éric Henry, président de l’association Soins aux professionnels de santé (SPS), reconnaît que l’enquête sur le thème du suicide menée d’octobre à novembre auprès de 710 soignants dont 114 pharmaciens (82 % de libéraux) ne repose pas sur une très grande cohorte, il estime que les données recueillies n’en sont pas moins alarmantes. De fait, à la question : « Avez-vous eu des idées suicidaires dont l’origine était tout ou partie d’ordre professionnel ? », un quart des personnes interrogées dans chaque profession répond par l’affirmative, pharmaciens y compris. Si l’âge et le sexe n’influent pas sur cette réponse, le lieu et le type d’exercice sont en revanche des facteurs déterminants. Les libéraux sont ainsi plus enclins aux idées suicidaires que les hospitaliers (28 % vs 20 %), de même que les professionnels de santé exerçant en milieu rural (39 %) par rapport à ceux travaillant dans une zone urbanisée (25 %).

Spirale mortifère

Alors qu’ils sont autant traversés que l’ensemble des professionnels de santé par des idées suicidaires liées à des difficultés professionnelles, les pharmaciens ont visiblement plus de difficultés à confier leur souffrance à autrui. Parmi ceux qui ont pensé mettre fin à leurs jours, ils ne sont ainsi que 32 % à en avoir parlé à quelqu’un (famille, ami, confrère, professionnel de santé) quand les médecins sont 44 % dans ce cas. Par ailleurs, 43 % des pharmaciens avouent connaître en moyenne 2 professionnels de santé qui leur sont proches ayant déjà fait une tentative de suicide dont plus d'un tiers a abouti à un décès. Ces situations ont entamé la confiance personnelle de 57 % de ceux qui les ont vécues et ont eu des répercussions sur le travail de 67 % d’entre eux. Clairement, 6 pharmaciens sur 10 estiment que le suicide d’un confrère peut en entraîner d’autres. Et c’est justement à cette spirale mortifère, largement documentée par la littérature scientifique, que SPS veut s’attaquer pour faire baisser des statistiques que les pouvoirs publics continuent à vouloir ignorer.

Sentinelles

Pour le Dr Henry, le but de cette étude est de « remettre le mot "suicide" sur le haut de la pile », briser le tabou qui l’entoure et « permettre aux professionnels de santé de se saisir de cette question pour en faire un enjeu national ». La plate-forme téléphonique d’aide aux soignants en difficulté psychologique que SPS a mise en place il y a un an* a déjà reçu 1 600 appels dont le motif principal est l’épuisement professionnel. Les pharmaciens figurent à la quatrième place en nombre d’appelants, derrière les médecins, les infirmiers et les aides-soignants. Pour SPS, l’étape suivante est de former un maximum de professionnels de santé au repérage et à la prise en charge de leurs collègues vulnérables pour en faire des « sentinelles » réparties sur tout le territoire. Le Dr Henry est déterminé : « Il faut arrêter de seulement quantifier. Il faut agir. »

0 805 23 23 36, appel gratuit, accessible 7 j/7 et 24 h/24.

Par Benoît Thelliez

7 Décembre 2017

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