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La prescription pharmaceutique coince toujours

Deux amendements visant à rétablir l'expérimentation de la prescription pharmaceutique ont été rejetés.

© FOTOLIA/DANHEIGHTON

 « Vous avez choisi de dépecer notre proposition de loi, de la vider de ses dispositions les plus constructives. Où est passée l’idée de travailler avec tous, de bousculer les conservatismes, de faire confiance, comme vous le disiez, à l’audace, à l’innovation et même à l’expérimentation ? ». Combattif, le député Guillaume Garot (Socialistes et apparentés, Mayenne), rapporteur de la commission des Affaires sociales, n'a pas mâché ses mots au moment de défendre, le 31 janvier dans l'hémicycle, sa proposition de loi visant à instaurer des mesures d’urgence contre la désertification médicale. Regrettant que quatre des cinq articles aient été supprimés en commission, il a tenté de les rétablir via plusieurs amendements également rejetés. Parmi eux figurait la « mise en place d'un cadre expérimental pour la dispensation de certains médicaments à prescription médicale obligatoire dans le cadre de protocoles de coopération »

Manque de cadre

Commentant cet article, Agnès Buzyn, ministre de la Santé, a commencé par admettre que « les pharmaciens peuvent constituer un point d’appui important pour l’accès aux soins dans les zones fragiles, notamment grâce à la forte densité du maillage officinal » avant de nuancer son enthousiasme en considérant que « l'article 5 [...] qui prévoit d’expérimenter la prescription de certains médicaments par le pharmacien lui-même constitue [...] une évolution encore insuffisamment encadrée ». Défendu par le Modem, cet article l'a également été en séance par le député Paul Christophe (UDI, Agir et Indépendants, Nord) qui a rappelé que « dans le cadre de la campagne de vaccination antigrippale, ces professionnels ont déjà démontré qu’ils pouvaient aider » et s'est demandé « pourquoi donc ne pas aller plus loin, notamment pour traiter des pathologies mineures ? » 

Lot de consolation

Après avoir été plutôt pour puis résolument contre la mise en place d'une expérimentation de la prescription pharmaceutique lors des discussions parlementaires sur le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2019, Agnès Buzyn met désormais en avant un autre dispositif, ressorti des cartons de la loi Hôpital, Patients, Santé et Territoires (HPST) du 21 juillet 2009 : « Nous prévoyons [...] d’expérimenter rapidement le dispositif de pharmacien correspondant qui [leur] permettra d’adapter des posologies et de renouveler les traitements pour certains patients, sur orientation par le médecin traitant, [afin] d’éviter des ruptures de soins dans les zones les plus fragiles », a-t-elle ainsi précisé en séance. Si la ministre ne compte visiblement plus parmi les défenseurs de la prescription pharmaceutique, ce n'est pas le cas de la députée Delphine Bagarry (Alpes-de-Haute-Provence, LREM) qui est remontée au créneau : « Vous pouvez compter sur moi pour proposer de nouveau cette mesure lors de l’examen du futur projet de loi de santé, car il faut que nous parvenions enfin à réaliser ces coopérations qui permettront qu’en fin de compte les gens soient mieux soignés. »

Par Benoît Thelliez

1 Février 2019

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