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La nouvelle opération séduction du gouvernement

Le Premier ministre a dévoilé les grands axes du plan gouvernemental « pour renforcer l’accès territorial aux soins ».

Le lieu choisi pour l’annonce se veut emblématique. L’inauguration de la maison de santé de Châlus (commune de 1 600 habitants en Haute-Vienne) par la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, et le Premier ministre, Édouard Philippe, a servi de décor au dévoilement du plan de lutte contre les déserts médicaux dont l’un des volets principaux repose, justement, sur un doublement des maisons et centres de santé d’ici à 2022. Concrètement, le gouvernement va engager, dès la fin de l’année, 400 millions d’euros sur cinq ans pour créer 1 000 structures supplémentaires. Parallèlement, le nombre de celles qui bénéficient de rémunérations par équipe – 40 000 à 60 000 euros par an en moyenne – augmentera progressivement. Le coût de cette mesure pour l’Assurance maladie devrait donc avoisiner les 90 millions d’euros par an dès 2022.

Libéral et salarié à la fois

Anticipant les critiques qui n'auraient aucun mal à lui opposer que des mesures similaires avaient été prises par le précédent gouvernement sans grands résultats, le Premier ministre s’est dit conscient que « les maisons de santé ne sont pas une panacée ». L’annonce de la création de 300 postes de médecins partagés entre la ville et l’hôpital va dans ce sens. Rangés dans la case « Innovation » du plan, ces nouveaux contrats entreront en vigueur en 2018 et seront pilotés par les agences régionales de santé (ARS). Reste à savoir si ce mode d’exercice mixte séduira les jeunes diplômés qui délaissent massivement l’exercice libéral au profit du salariat hospitalier, d’après les données publiées dans le dernier « Atlas annuel de la démographie médicale » du Conseil national de l’Ordre des médecins (Cnom).

La télémédecine enfin tarifée

Autre axe de développement, la télémédecine bénéficiera également d’un sérieux coup de pouce avec le doublement, dès 2018, des crédits du fonds d’intervention régional qui lui sont destinés et qui s’établiront à 18 millions d’euros. L’ambition dans ce domaine est d’équiper, d’ici à trois ans, « tous les Ehpad [établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes, NDLR] et, plus largement, tous les territoires en difficulté ». Par ailleurs, l’annonce de l’inscription de la télémédecine « dans le droit commun » devra permettre, après négociation, d’établir un tarif de consultation à distance.

Jeunes médecins et jeunes retraités

Pour Édouard Philippe, « il ne sert à rien de contraindre, mieux vaut séduire ». Aux mesures de simplification administrative s’ajoute donc une enveloppe de 200 millions d’euros sur cinq ans consacrée au déploiement des aides conventionnelles, « afin [de soutenir] l’installation et […] l’exercice des médecins dans les territoires où l’offre de soins est insuffisante ». Le nombre des zones éligibles sera élargi et représentera désormais 18 % du territoire, contre 7 % aujourd'hui. À l’autre bout de la chaîne, le gouvernement souhaite enfin inciter les médecins généralistes proches de la retraite ou qui y sont déjà à garder une activité partielle en leur permettant de cumuler plus facilement ces revenus avec leur pension.

Par Benoît Thelliez

13 Octobre 2017

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