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Alimentaires, mon cher Watson ?

Les académiciens tapent du poing et veulent interdire certains compléments à base de plantes.

© FOTOLIA/IVECTOR

Quel est le point commun entre le suc d'aloès, les écorces de bourdaine et de cascara, la racine de rhubarbe ou encore le fruit et les folioles du séné ? Les plantes dont ils sont issus figurent toutes dans la liste de celles autorisées dans les compléments alimentaires publiée en 2014 transcrivant une directive européenne de 2002. Mais pas que : ils contiennent également des hétérosides hydroxyanthracéniques dont l'Académie de pharmacie rappelle, dans un rapport qu'elle vient de publier, qu'ils ont « toujours été utilisés comme médicaments compte tenu de leur action pharmacologique marquée ». Pour l'institution, ces plantes « emblématiques de la phytothérapie » n'ont « jamais été utilisées dans l'alimentation ». Et pour cause : elles ont des propriétés laxatives stimulantes « entraînant une irritation de la muqueuse colique et une fuite d'eau et d'électrolytes ». En outre, l'approbation par l'Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) de l'allégation santé « amélioration du transit intestinal » n'est pas non plus du goût des académiciens.

Élaguer la liste

L'exemple de ces compléments alimentaires est pour l'Académie la preuve que des mesures doivent désormais être prises. Elle recommande donc une révision de la liste de l'arrêté de 2014 « en éliminant les plantes n'ayant aucun effet nutritionnel ou alimentaire et/ou qui présentent un danger pour les utilisateurs » ainsi qu'une « modification de la liste des plantes pouvant entrer dans la composition des compléments alimentaires, en retirant celles pour lesquelles il n'existe pas de données de sécurité suffisante dans la littérature scientifique ». Par ailleurs, elle souhaite renforcer les moyens de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) et appelle de ses vœux un plus grand recours au système de nutrivigilance dont elle regrette le nombre trop faible de déclarations émanant des médecins et pharmaciens.

Absence de conseil 

De son côté, le Syndicat national des compléments alimentaires (Synadiet) a réagi en mettant justement en avant le peu d'effets indésirables révélés en 2017 par l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) via ce système de nutrivigilance (1 effet indésirable pour 2 millions de boîtes de compléments alimentaires vendues), pointant le mésusage comme principal responsable des problèmes rencontrés. Reste que pour l'Académie les risques liés à ces produits à base de plantes sont bien réels, notamment en raison de « la banalisation de leur consommation [...] due à [leur] disponibilité en grandes et moyennes surfaces ou dans le commerce de proximité ». Dans ce contexte, elle révèle qu'une enquête de petite ampleur menée auprès de boutiques « bien-être » et de magasins alimentaires « bio » à Paris intra-muros indiquait que « la vente de produits à base de plantes, sur sollicitation des clients, en l'absence d'interrogatoire, menait dans un quart des cas à une interaction médicamenteuse probable ». Un conseil que seuls les pharmaciens d'officine ont la compétence de dispenser.

Par Benoît Thelliez

7 Février 2019

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