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Philippe Besset

Président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France

© Nicolas Kovarik

Urgences et officines

Le pharmacien de garde n’est pas seulement le titre d’un film policier avec Vincent Perez et Guillaume Depardieu. C’est avant tout une réalité pour les confrères qui, chacun leur tour, assurent la dispensation des médicaments à la population la nuit, les dimanches et jours fériés. 
C’est un système qui fonctionne bien, mais qui mériterait d’être rénové. Actuellement expérimenté dans plusieurs départements, le service d’accès aux soins (SAS) est le cadre idéal pour enclencher une nouvelle dynamique. L’objectif de ce dispositif est de définir un nouveau service d’orientation et de guidage dans le système de santé, simple et accessible à tous, comme l’explique le ministère de la Santé. Les pharmaciens doivent y être intégrés, et même participer à la régulation. Aujourd’hui, nous sommes de plus en plus confrontés à des demandes directes d’usagers n’ayant pas de caractère d’urgence. Nos gardes doivent servir à dispenser des médicaments dont la prise ne peut être reportée, pas à délivrer des tétines ou des vitamines ! 

« Les pharmaciens
doivent être intégrés
au service d’accès
aux soins (SAS),
et même participer
à la régulation. »

La réforme du SAS doit aussi être l’occasion de réfléchir à la mise en place d’un système de récupération pour les titulaires qui ont veillé toute la nuit. Car tous n’ont pas les moyens de se faire remplacer la journée suivant une garde. Cette organisation des gardes est, de par la loi, du ressort des syndicats et la FSPF prendra toute sa part pour la faire évoluer. 
Nous devons également pouvoir mieux prendre en charge les soins non programmés en journée, pour traiter des urgences liées à l’asthme, la douleur ou les infections urinaires… alors même que notre arsenal thérapeutique de conseil se réduit comme peau de chagrin. À la Fédération, nous souhaitons travailler, en coopération avec les médecins, à l’élaboration de protocoles permettant de dispenser un traitement pour certaines pathologies précises, à l’aide d’un arbre décisionnel. Ce que je décris existe déjà me direz-vous ? Je vous répondrai que non, que les textes parus récemment n’ont rien à voir avec le projet que nous portons. La dispensation protocolisée telle qu’elle est prévue aujourd’hui s’apparente davantage à une délégation de diagnostic que de prescription et concerne une dizaine de pharmaciens exerçant dans des maisons de santé pluridisciplinaires (MSP). Le gouvernement doit revoir sa copie pour que toutes les pharmacies puissent proposer une solution à leurs patients. Une autre voie mérite d’être explorée, celle de la téléexpertise. En journée, en garde ou pas, la télémédecine à l’officine peut permettre de prendre en charge rapidement un malade sans qu’il ait besoin de se rendre aux urgences grâce à une coopération entre le pharmacien et un médecin régulateur.
J’invite les présidents des URPS nouvellement élus à participer aux expérimentations du SAS. Il faut désengorger les urgences et cela passe par une meilleure coopération entre les pharmaciens d’officine et les médecins, qu’ils exercent en ville ou à l’hôpital.

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