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Un syndrome fourre-toux

Le Cough Hypersensitivity Syndrome fait l’objet de nombreux articles et suscite beaucoup d’interrogations. Voici quelques éclaircissements.

Par Élise Brunet

© Miguel Medina

Une nébuleuse. Voilà comment pourrait être défini le Cough Hypersensitivity Syndrome ou CHS. Ou, pour reprendre les propos du professeur Nicolas Roche, pneumologue à l’hôpital Cochin (Paris) et spécialiste du sujet en France, « le CHS est source de plein de questions pertinentes mais nous n’avons aucun moyen d’y répondre ». D’après l’European Respiratory Society, (ERS), ce syndrome est un « paradigme utile », un « parapluie » qui permet de mettre un nom scientifique sur des symptômes, ce qui rassure le patient et améliore le dialogue avec le médecin.

Une définition… indéfinissable

Ce CHS a vu le jour en 2011, lorsqu’un groupe de travail a été créé au sein de l’ERS pour évaluer la pertinence clinique de ce syndrome. En est ressorti la définition suivante : « Le CHS est un syndrome clinique caractérisé par une toux gênante souvent déclenchée par une exposition thermique, mécanique ou chimique de bas niveau. » En d’autres termes, le CHS est une hypersensibilité au réflexe de toux. Un rire, un changement de température, la fumée de cigarette… Tout ou presque déclenche une quinte de toux sèche disproportionnée chez ces patients, polluant leur quotidien pendant des mois, voire des années. Cette toux chronique peut être liée à une cause identifiée (asthme, reflux, rhinite…) et traitée ; la toux reste alors le symptôme « résiduel », rebelle. Mais elle peut aussi n’avoir aucune cause apparente. Comme le précise le Pr Roche, « le diagnostic de l’hypersensibilité est alors posé par défaut. Mais le problème principal réside dans le fait qu’il n’existe pour l’instant ni critère diagnostique, ni test standard. On ne peut par exemple définir ce que signifie “disproportionnée” dans ce contexte ». D’autant plus que, d’après la définition donnée par l’ERS, ce syndrome peut coexister avec des pathologies respiratoires des voies aériennes supérieures ou inférieures mais également avec des maladies… non respiratoires. Dans ces conditions, comment déterminer la place du CHS ? Et dans quelle mesure cette toux chronique persistante ne pourrait-elle pas être due à une aggravation de la pathologie existante ou à une inobservance du patient de ses traitements étiologiques ?

« Ce syndrome a été créé de toutes pièces. » Nicolas Roche, pneumologue à l’hôpital Cochin (Paris)

L’étiquetage « CHS » doit donc se faire prudemment, après un examen complet pour éliminer d’autres causes potentielles. Selon Nicolas Roche, dans la grande majorité des cas de toux chronique rebelle, le processus de diagnostic est incorrect ou incomplet. Bien qu’on ne puisse déterminer la prévalence de ce syndrome, « seuls 20 % des cas présentés pourraient vraiment correspondre à un CHS ». Les découvertes sur la physiopathologie du CHS en sont à leurs prémisses. Elles permettront peut-être de déboucher sur des tests diagnostiques ou des traitements fiables. À l’heure actuelle, il semblerait surtout que ce CHS est une sorte de « fourre-tout » intellectuel. « C’est exactement ça. Ce syndrome a été créé de toutes pièces, uniquement pour stimuler la recherche sur la toux chronique, aussi bien fondamentale qu’en termes de traitements », répond le Pr Roche. Tout est dit. 

Pour en savoir plus : « Cough hypersensitivity syndrome : towards a new approach to chronic cough », R. Escamilla et N. Roche, European Respiratory Journal, 2014, vol. n° 5, pp. 1103-1106.

Comment se traite le CHS ?

Les études sur le Cough Hypersensitivity Syndrome (CHS) n’en sont qu’à leurs débuts. Malgré le peu de données disponibles, une surexpression des récepteurs TRP (Transient Receptor Potential) de type TRPV1 et TRPA1 sur les nerfs des voies aériennes supérieures a été identifiée dans le CHS : des antagonistes de ces récepteurs sont en phase de recherche, qui pourraient servir de traitement et aussi de test diagnostique. Mais une chose est sûre : les antitussifs classiques n’ont aucune efficacité. Reste la piste des neuromodulateurs, comme la gabapentine, parfois prescrits dans les cas avérés de CHS. « On ne sait pas pourquoi, mais ça marche », avoue le Pr Roche, pneumologue à l’hôpital Cochin (Paris).

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