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La rhinorrhée et ses subtilités

Quoi de plus banal qu’un nez qui coule ? Oui, mais derrière une simple rhinorrhée peut se cacher un corps étranger, un effet iatrogène, un reflux gastro-œsophagien…

Par Alexandra Chopard

Sources : service ORL de l’hôpital Lariboisière (Paris) ; cours ORL de la faculté de médecine Pierre-et-Marie-Curie (Paris-VI) ; « Recommandations pour le diagnostic et la prise en charge de la rhinite allergique », Revue des maladies respiratoires, volume 27, numéro S2, pages 79-105, novembre 2010.

DEUX CAUSES

L’inflammation est généralement causée par la présence d’allergènes ou par une rhinopharyngite (rhinovirus et coronavirus sont les fautifs les plus fréquents).

  • Rhinorrhée infectieuse Elle est le premier symptôme de l’agression de la muqueuse par les virus. Cette rhinorrhée dure deux à trois jours. Comme dans l’allergie, elle est associée à des éternuements et une obstruction nasale. Mais pas seulement : irritation, voire douleurs pharyngées, enrouement, asthénie, fièvre… peuvent aussi être constatés. Passé ces deux-trois jours, cette sécrétion va s’épaissir et se teinter. Rassurer les patients : cela ne signe pas forcément une infection nécessitant la prise d’antibiotiques. Cette couleur est liée à la présence de polynucléaires et de débris cellulaires. On restera tout de même vigilant, une surinfection étant possible avec le développement d’une rhinopharyngite, voire d’une sinusite.
  • Rhinorrhée allergique
    Claire et abondante, d’apparition brutale, elle est typiquement associée à des éternuements en salves et à une obstruction nasale. Elle peut être périodique (pollens) ou circonstancielle (acariens, moisissures…). Un nettoyage quotidien des voies nasales est recommandé, associé à un traitement local (cromoglycate de sodium, corticoïdes), voire oral (antihistamininiques).

 

DES ÉTIOLOGIES À NE PAS NÉGLIGER

  • Une rhinite avec jetage postérieur
    (sensation de corps étranger ou de brûlure pharyngée) peut être causée par un reflux gastro-œsophagien. Dans ce cas, le patient doit consulter.
  • Les rhinites médicamenteuses :
    certains médicaments ont pour effet indésirable une symptomatologie nasale. C’est par exemple le cas de l’aspirine et des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), des inhibiteurs de l’enzyme de conversion (IEC), des bêtabloquants… et, bien sûr, des vasoconstricteurs locaux (chez les patients abusant d’oxymétazoline notamment). Renvoyer le patient vers son médecin, en signalant à ce dernier l’effet indésirable.
  • Les rhinites hormonales : 
    les œstrogènes jouent un grand rôle dans la symptomatologie nasale. C’est ainsi que, durant la grossesse, certaines femmes peuvent souffrir d’une rhinite chronique qui disparaîtra après l’accouchement. Ce symptôme peut également apparaître en période prémenstruelle. S’il est possible de proposer un traitement symptomatique, le plus souvent la patiente en parlera à son gynécologue.

 

UNE RHINITE UNILATÉRALE ? ENVOYER CONSULTER !

Devant ce symptôme banal qu’est l’écoulement nasal, il ne faudra pas négliger deux cas particuliers potentiellement graves.

  • Si la rhinorrhée est unilatérale et claire, il est nécessaire d’éliminer une rhinorrhée de liquide céphalorachidien. Cet écoulement trahit alors l’existence d’une communication anormale entre les espaces sous-arachnoïdiens (situés au contact du cerveau) et la cavité nasale. On y pensera d’autant plus facilement que le patient présente un antécédent de traumatisme crânien ou qu’il a été récemment opéré au niveau de la face (septoplastie, chirurgie des sinus). Des troubles visuels, une anosmie (perte de l’odorat) et des céphalées peuvent être associés. Le risque le plus grave est que cette brèche favorise une méningite, d’où le besoin d’exploration. La brèche pourra se combler naturellement ou nécessiter une chirurgie.
  • Si la rhinorrhée est unilatérale, purulente et chronique, le diagnostic à redouter est celui d’une tumeur (dont la malignité n’est heureusement pas systématique). Si elle est localisée dans les fosses nasales ou les sinus, les signes associés sont des épistaxis récidivants et/ou une rhinorrhée teintée de sang et/ou des algies de la face. Le diagnostic sera endoscopique et scannographique essentiellement. 
    Attention ! Chez l’enfant, une rhinite unilatérale doit faire suspecter la présence d’un corps étranger. Rhinoscopie obligatoire !

LES LIMITES DU CONSEIL

La rhinorrhée reste un symptôme courant, qui peut être prise en charge à l’officine (voir « Explorer les débouchés »). Cependant, si elle s’accompagne de fièvre (supérieure à 38,5 °C) durant plus de 48 heures ou d’une altération de l’état général avec douleur (pharyngée, de l’oreille ou du sinus), la consultation d’un médecin généraliste est nécessaire. Le caractère unilatéral ou l’absence de régression sous traitement adapté pourra nécessiter un examen clinique spécialisé avec bilan oto-rhino-laryngologique (ORL) complet.

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