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Philippe Besset

Président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France

© ANH LENOIR

Des protocoles inadaptés

La loi de santé votée l’été dernier ouvrait la voie à la dispensation par le pharmacien d’officine de médicaments de prescription dans le cadre de protocoles inscrits au sein d’un exercice coordonné. C’est le fameux amendement déposé par le député LREM Thomas Mesnier qui repré­sentait à mon sens une avancée majeure pour la profession, dans ­l’intérêt de la santé publique. Dès lors, nous attendions avec impatience la publication des avis de la Haute Autorité de santé (HAS) relatifs à cette ­dispensation protocolisée. 
Le 29 janvier dernier, ceux-ci ont enfin été ­rendus publics. Quatre pathologies sont concernées : la cystite, l’éruption prurigineuse chez l’enfant, l’angine et le renouvellement du traitement de la rhinoconjonctivite allergique saisonnière. Jusque-là, rien à redire. Sauf qu’à y regarder de plus près, les protocoles décrits n’ont rien à voir avec l’objectif de l’amendement Mesnier. Ils proposent en effet une délégation de diagnostic et non de prescription. Dans les faits, le pharmacien doit procéder à un examen clinique du patient, avant de lui prescrire un traitement et, le cas échéant, lui délivrer un arrêt de travail. De plus, il doit exercer en maison de santé et disposer du dossier médical du patient ! Ce n’est pas ce que nous souhaitons faire, ces pratiques ne sont pas dans nos prérogatives. Ce qu’attendent les patients, c’est la possibilité de délivrance d’un traitement par leur pharmacien, pour certaines pathologies précises, à l’aide d’un arbre décisionnel, suivi d’un compte rendu à leur médecin traitant.
Par ailleurs, les protocoles validés par la HAS prévoient que seuls les pharmaciens appartenant à une structure coordonnée pourront prendre en charge des patients. Or aujourd’hui, même si nous défendons leur développement, force est de constater qu’elles sont encore loin d’exister partout sur le territoire. Résultat, selon l’endroit où ils habitent, nos concitoyens pourront, ou pas, accéder à ce service. Nous sommes pour un exercice coordonné avec le médecin, notamment pour l’informer des actes que nous avons dispensés à leurs patients. Mais nous n’avons pas forcément besoin d’être dans une structure coordonnée pour le faire. 
Le gouvernement semble s’être pris les pieds dans le tapis et a transposé une expérimentation faite dans une maison de santé pluridisciplinaire, malheureusement inapplicable à la ville. Il faut corriger le tir car la dispensation protocolisée telle que nous l’avions imaginée au départ représente un levier majeur pour désengorger les urgences et améliorer l’accès aux soins des malades lorsque les médecins ne sont pas disponibles. Oui à la dispensation protocolisée, non à des protocoles inadaptés !

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