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Les autotests du VIH se font trop discrets

L’autotest du VIH souffle sa première bougie. L’occasion de dresser un bilan… mitigé.

Par Alice Monas

© Nicolas Kovarik

Depuis la commercialisation des autotests du VIH le 15 septembre 2015, le marché peine à décoller en officine. « Nous en vendons un à trois par mois », estime Marc Werquin, titulaire à Boulogne-Billancourt. Les clients sont plutôt jeunes – « entre 20 et 40 ans » – et peu avides d’explications. « Ils préfèrent lire le mode d’emploi plutôt que de se le faire expliquer », constate-t-il. Certains patients s’enquièrent de sa disponibilité puis « reviennent l’acheter dans la journée ou la semaine. » À Marseille, Maurice Sayag n’en délivre pas davantage. À ses yeux, le lobbying des biologistes y est pour beaucoup : « ils jouent sur la peur que le test ne soit pas fiable et sur le fait qu’il ne soit pas remboursé en pharmacie », avance le titulaire. Il appelle à « une communication officielle, qui rassure les patients ». De son côté, Marie-Pierre Seaux, titulaire à Limoges, annonce n’en avoir vendu que quatre en tout et pour tout. « Les clients ne nous posent aucune question et si on essaie d’engager la conversation, on voit bien qu’ils n’y sont pas disposés. Je ne suis pas sûre que nous soyons les plus aptes à délivrer ce test. »

Plutôt en ligne

Certaines officines n’en ont même jamais vendu un seul, tel Pierre-Luc Besset, cotitulaire de la pharmacie de la Gare, à Clermont-Ferrand. D’après AAZ, qui produit le seul test autorisé en France, seuls 11 000 confrères le proposent. La pharmacie des Arènes, à Vic-Fezensac, fait partie de celles qui n’ont pas encore sauté le pas. « On est en milieu rural et je pense que cela gêne les gens de venir au comptoir demander ce produit. », explique David Vallat, son titulaire. La vente en ligne semble mieux tirer son épingle du jeu : la pharmacie Nesme, à Lyon, a vendu 96 % des autotests du VIH via son site Illicopharma.com. « En avril, mois du Sidaction, nous avons dépassé les 200 ventes », souligne le titulaire, Didier Nesme, qui a réalisé une étude en mars 2016, auprès des 909 usagers lui ayant acheté au moins un autotest du VIH. Celle-ci montre que 66 % sont des hommes dont la moyenne d’âge est de 37 ans et 73 % se déclarent hétérosexuels. Plus de la moitié (54 %) indiquent qu’ils ne seraient pas allés dans un centre pour se faire dépister. « L’autotest du VIH est un moyen supplémentaire d’atteindre une population qui n’était pas touchée par les moyens de détection existants », estime-t-il. Reste encore à surmonter quelques appréhensions au comptoir. 

Passer sous les 25 euros

Si Fabien Larue, directeur du laboratoire AAZ, considère que les ventes actuelles d’autotests du VIH ne sont pas négligeables, il reconnaît que l’« on pourrait faire beaucoup mieux ». S’ils étaient proposés devant le comptoir, « on toucherait aussi les personnes qui viennent acheter autre chose. Les associations de patients se battent pour que la législation change et qu’on puisse le trouver à côté des préservatifs par exemple ». Ces associations, comme HF prévention ou Aides, réclament également une TVA à 5,5 %, qui ferait passer le prix des autotests sous la barre des 25 euros à l’officine et sous les 20 euros en ligne. D’autant plus que, depuis fin août, le test peut être distribué gratuitement dans les centres de dépistage ou de prévention, notamment aux « populations fortement exposées » mais aussi, plus largement, aux personnes « réticentes » au dépistage. Une concurrence de fait pour les pharmacies. « Le prix est forcément rédhibitoire pour une partie de la population », appuie Fabien Larue. Un frein d’autant plus dommageable que, selon HF Prévention, l’autotest a permis de révéler plusieurs cas de séropositivité depuis sa mise sur le marché. 

NOTABENE

Entre septembre 2015 et juin 2016, près de 70 500 autotests

du VIH ont été vendus

dans les officines françaises,

avec un pic à 10 024 tests en décembre 2015, suite notamment à la Journée mondiale de lutte contre le sida qui a lieu chaque année le 1er décembre.

Depuis, les ventes tournent autour de 6 000 à 7 000 unités par mois.


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