Formulaire de recherche

Une seule tactique contre les tiques

En l'absence de consensus scientifique sur la maladie de Lyme, la prévention reste la meilleure option.

© FOTOLIA/KPIXMINING

Les actualités autour de la borréliose de Lyme et autres maladies vectorielles à tiques (MVT) se bousculent. Dans son numéro du 19 juin qui leur est entièrement consacré, le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) dresse un bilan qui fait état d’une augmentation significative de l’incidence en 2016 de la maladie de Lyme avec 84 cas déclarés pour 100 000 habitants contre une moyenne de 55 pour 100 000 durant la période 2009-2015. Un phénomène qui « reflète probablement la médiatisation croissante de la maladie auprès du grand public et des professionnels de santé », expliquent les directeurs général et scientifique de Santé publique France, François Bourdillon et Jean-Claude Desenclos. 
Le 20 juin, la Haute Autorité de santé (HAS) publie son très attendu Programme national de diagnostic et de soins (PNDS), axe numéro 3 du plan stratégique de lutte contre ces pathologies mis sur pied en 2016. Un texte que l’on requalifiera en simples « recommandations » tant les dissensions scientifiques sur le sujet perdurent. La Société de pathologie infectieuse de langue française (Spilf), pourtant partenaire de la HAS dans l’élaboration de ce texte, indiquait ainsi le 19 juin qu’elle refusait de le valider considérant qu’il « ne répondait pas aux objectifs fixés ». En cause, une « démarche diagnostique […] pas assez explicite » et « un manque de clarté, ouvrant la porte à des dérives médicales pouvant être délétères pour les patients ». La création d’une nouvelle entité intitulée « symptomatologie/syndrome persistant(e) polymorphe après une piqûre possible de tique » (SPPT) qui « n’existe pas dans la littérature médicale internationale » n’est également pas du goût de la Spilf.

Tire-tique et répulsifs plutôt qu’autotests

Dans le même temps, le numéro d’été du magazine Que Choisir consacre un de ses « tests labo » à 13 répulsifs antitiques, principalement des antimoustiques qui ont également un effet sur ces arachnides acariens. Résultat : 100 % des tiques ont été repoussées sur six heures pour 10 de ces produits, soit une efficacité plus que satisfaisante. L’utilisation d’un tire-tique, vendu en pharmacie sous forme de boîte comprenant deux modèles (pour les tiques adultes et les lymphes), est également fortement recommandée puisqu’une tique infectée met en moyenne douze heures avant de pouvoir transmettre la bactérie après piqûre. La HAS parle de « risque quasi nul si la tique reste moins de sept heures sur la peau »
En revanche, les experts s'entendent pour dire que l’utilisation d’autotests, également vendus en pharmacie, est une fausse bonne idée. Ceux qui établissent si la tique était infectée ne permettent pas de déterminer si la bactérie a été transmise puisque la probabilité de tomber malade dans ce cas s’établit autour de 6 %. D’autre part, Jean-François Cosson, spécialiste de l’écologie des maladies infectieuses à l’Institut national de la recherche agronomique (Inra), rappelle, dans un article publié sur le site Theconversation.com, que « la probabilité de tomber malade si l'on a été piqué par une tique non infestée n’est pas nulle » et est même plutôt élevée (1,5 %). L’explication la plus plausible au fait que l’on puisse tomber malade alors que le test effectué sur la tique est négatif est que ce test a été effectué sur une tique non infectée alors que le patient a également été piqué par un autre acarien porteur de la bactérie. 
Quant aux autotests qui détectent la bactérie dans le sang les jours qui suivent une piqûre, ils sont également à éviter. La principale difficulté est « qu’une sérologie négative n’exclut pas le diagnostic », peut-on lire dans le dernier BEH, qui précise que « c’est souvent le cas au stade cutané précoce de l’infection (érythème migrant), forme clinique la plus fréquente ». De même, « une sérologie positive ne signe pas une infection évolutive ». Bref, l’affaire est pour le moins épineuse et le restera tant que les experts ne s’accorderont pas sur le sujet. En attendant, les répulsifs et les tire-tiques restent la meilleure option de conseil au comptoir.

Par Benoît Thelliez

20 Juin 2018

© Le Pharmacien de France - 2018 - Tous droits réservés

trigger pub