Formulaire de recherche

Une moyenne qui pose question

Agnès Buzyn ne remet pas en cause la bioéquivalence de la nouvelle formule du Levothyrox malgré les résultats d'une nouvelle étude.

© FOTOLIA/ANDRE

La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, ne considère pas que les conclusions de la récente étude réalisée par une équipe de chercheurs français constituent une remise en cause de la bioéquivalence de la nouvelle formule du Levothyrox. Publiée le 4 avril dans la revue Clinical Pharmacokinetics, celle-ci consiste en un réexamen de l'étude fournie par le laboratoire Merck qui montrait que la nouvelle formule présentait bien une bioéquivalence avec l'ancienne, après analyse de la moyenne des résultats obtenus chez 204 volontaires, en conformité avec les recommandations de l'Agence européenne des médicaments (EMA). Mais ce qui est vrai lorsque l'on raisonne en moyenne, ne l'est plus vraiment si l'on décide de regarder ce qui se passe au niveau individuel. Sous ce prisme, les chercheurs hexagonaux ont ainsi constaté qu'on ne pouvait conclure à une bioéquivalence pour plus de 50 % des patients, qui étaient soit au-dessus de la limite, soit en dessous.

Marge étroite

Après avoir pris connaissance de cette étude, Merck n'en a pas contesté la validité mais a toutefois tenu à exprimer « ses plus expresses réserves quant aux positions exprimées dans cet article », qui souligne notamment que le mannitol, l'excipient utilisé dans la nouvelle formule, peut influer sur la biodisponibilité de certains médicaments à faible perméabilité comme la lévothyroxine. Le fabricant a également tenu à rappeler que cette approche « n'est pas conforme aux méthodes de référence demandées par les autorités de santé et validées par vingt-trois autorités sanitaires ». Une position également soutenue par la ministre qui, en séance publique au Sénat le 4 avril dernier, a estimé que « l'étude confirme que ce médicament, lorsqu'il est absorbé, induit des différences de dosage chez les patients individuellement ». Autrement dit, « elle ne met pas en cause l'étude antérieure qui avait [conclut] à l'équivalence de biodisponibilité [mais] souligne simplement que c'est un médicament auquel chacun a une sensibilité très différente, qui peut expliquer en réalité l'ensemble des effets secondaires ressentis par les patients ». Il n'est pas certain que ce rappel concernant la marge thérapeutique étroite du Levothyrox satisfasse les associations de patients qui continuent à demander son retrait au profit de l'ancienne formule.

Par Benoît Thelliez

12 Avril 2019

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