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Point noir sur le dépistage du mélanome en officine

Le service lancé par Pharmabest divise les dermatologues.

Il n’aura pas fallu longtemps pour que l’initiative du groupement Pharmabest annoncée le 5 juin déchaîne les critiques d'une partie de la communauté des dermatologues. Présenté comme « le premier service de prévention du mélanome en pharmacie », ce dispositif permet aux patients de prendre des clichés de leurs taches cutanées ou grains de beauté suspects à l’aide d’un dermatoscope et de les transmettre de manière sécurisée à des dermatologues. Son coût, non pris en charge, est de 28 euros pour le premier examen, puis de 14 euros pour chaque cliché supplémentaire. 
Pourtant soutenu par le Syndicat national des dermatologues-vénéréologues (SNDV), ce nouveau service proposé dans une cinquantaine d’officines du groupement n’emporte pas l’adhésion de la Société française de dermatologie (SFD) ni de la Fédération française de formation continue et d'évaluation en dermato-vénéréologie (FFFCEDV) ni du Collège des enseignants en dermatologie de France (Cedef) qui « ne cautionnent pas cette initiative ». Dans un communiqué commun en date du 25 juin, ils estiment qu’« au vu des nombreux cancers cutanés diagnostiqués chaque jour par l’ensemble des dermatologues, il est illusoire de penser qu’une initiative conçue par un groupement pharmaceutique privé et ne s’appuyant que sur un tout petit nombre de dermatologues puisse avoir un quelconque effet en matière de santé publique ».

Pas de bénéfices

Autre récrimination de la part des trois organismes professionnels : l’absence des médecins généralistes qui sont les seuls, avec les dermatologues, capables de réaliser efficacement un examen complet du corps nécessaire « dans l’immense majorité des cas » pour un diagnostic de mélanome. Considérant donc que ce service ne réunit pas les conditions satisfaisantes, ils conseillent clairement aux patients de ne pas y avoir recours et « de consulter leur médecin généraliste ou un dermatologue »
Du côté de Pharmabest, Alain Styl, son directeur général, joue l’apaisement et comprend « l’émoi légitime de ces dermatologues face à un service qui fait bouger les lignes ». Rappelant que l’enseigne « a toujours été respectueuse des autres professionnels de santé », il assure que le cadre du dispositif « a été débattu avec de nombreux dermatologues et posé en amont de la mise en service » et se dit prêt à rencontrer les récalcitrants pour « discuter sereinement ». Selon lui, ce système « permet juste d’aider les personnes inquiètes et qui n’arrivent pas à obtenir un rendez-vous rapide avec un spécialiste à réaliser un prédiagnostic ». Selon Alain Styl, l’objectif serait uniquement de renforcer le rôle de proximité de l’officine puisqu'il affirme que Pharmabest ne retire aucun bénéfice de l'opération et que « le pharmacien ne gagne absolument rien »

Par Benoît Thelliez

29 Juin 2018

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