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La morosité s'installe en ville

Le marché pharmaceutique français devrait reculer d'ici à 2020, en raison des baisses de prix. Seule l'automédication serait encore source de croissance, sans pour autant pouvoir inverser cette tendance.

Ce n'est pas une bonne nouvelle, mais on pouvait s'y attendre : sur le marché de ville français, la progression en volume (notamment en oncologie) et l'arrivée de nouveaux produits ne suffisent plus à compenser les baisses de prix des médicaments remboursables, selon l'étude Intelligence.360 réalisée chaque année par la société d'études et de conseil IMS Health. 
C'est ainsi qu'en 2015 le marché pharmaceutique de ville a atteint 19,5 milliards d'euros en France, en recul de 0,87 % – soit 172 millions d'euros – par rapport à 2014 en raison de baisses de prix en particulier dans le cardio-vasculaire et le système nerveux s'élevant au total à 675 millions d'euros. Pour Stéphane Sclison, directeur de la stratégie d'IMS, la situation est très différente d'il y a dix ans : « En l'espace de quelques années, le marché a fondamentalement changé, désormais caractérisé par une dynamique permanente de prix à la baisse. »

L'exception française

Il reste toutefois quelques raisons d'espérer avec les produits hors autorisation de mise sur le marché (dispositifs médicaux et compléments alimentaires) qui offrent encore des opportunités puisqu'ils ont tiré la croissance du marché de la médication familiale en 2014 (+ 4,4 %) comme en 2015 (+ 5,7 %). À défaut d'être encouragée par le gouvernement français, l'automédication est poussée par l'innovation, « qui ne se limite pas uniquement aux molécules et aux princeps mais passe aussi par le marketing », a indiqué Claude Le Pen, professeur d'économie et consultant pour IMS Health. Les industriels cherchent ainsi à se diversifier en investissant les segments de la nutrition, du soin, de la beauté, de l'hygiène et des dispositifs médicaux, en mettant en avant de nouvelles catégories ou en développant les marques ombrelles... 
Mais cette tendance globale du marché français à s'en tenir à une croissance proche de zéro va encore s'accentuer d'ici à 2020, IMS projetant un recul de 6 %. La France devrait alors passer de la 2e à la 4e position au niveau européen (derrière l'Allemagne, le Royaume-Uni et l'Italie, et devant l'Espagne) et du 5e au 8e rang mondial. Pour Claude Le Pen, « il n’y a pas de facteur pour inverser la tendance ». Et cette croissance négative fera de la France une exception, les autres marchés européens devant évoluer à la hausse à l'horizon 2020, toujours selon les prévisions d'IMS.

Par Claire Frangi

31 Mars 2016

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