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L'homéopathie menacée de rentrer dans le rang

Agnès Buzyn a nettement durci le ton en déclarant que l'homéopathie devrait être évaluée sur les mêmes bases que les autres médicaments.

© FOTOLIA/KLAUS EPPELE

 

C'est peut-être le début d'une nouvelle ère pour l'homéopathie en France. Et pas forcément la plus prospère. Invitée de la matinale de France Inter le 24 mai, la ministre de la Santé n'a pas éludé la question du remboursement de l'homéopathie qui fait débat depuis déjà quelques semaines au sein de la communauté médicale. Selon elle, le problème est que ces spécialités n'ont « jamais été évaluée[s] comme un médicament » et qu'« on a décidé de rembourser l'homéopathie sans aucune évaluation scientifique ». Elle considère donc que « l’homéopathie pourrait rentrer dans le droit commun et être évaluée ». De fait, « si elle est utile, elle continuera d’être remboursée, si elle est inutile, elle arrêtera de l’être ». Bref, pour Agnès Buzyn qui a annoncé des discussions sur ce thème dès cet été, « le débat sur le remboursement [de l'homéopathie] est ouvert », au même titre que pour « d'autres médicaments extrêmement peu efficaces, voire inefficaces ».  

Crédibilité en jeu

Si la ministre avait jusqu'à présent ménagé la chèvre et le chou sur le sujet du remboursement de l'homéopathie, alléguant notamment le 12 avril au micro de BFM-TV que « les Français y sont attachés » et que « si cela continue à être bénéfique sans être nocif, cela continuera à être remboursé », même s'il s'agit « probablement [d']un effet placebo », le ton et les mots employés sur France Inter marquent une rupture évidente dans son discours. La tribune publiée le 19 mars dans Le Figaro par 124 médecins condamnant sans appel l'utilisation de médecines alternatives par certains de leurs confrères et les débats, parfois violents, qui s'en sont suivis ne sont certainement pas étrangers à cette mise au point ministérielle. D'autre part, le positionnement très ferme d'Agnès Buzyn vis-à-vis des détracteurs de la vaccination et, plus largement, des discours pseudo-scientifiques l'a naturellement poussée à porter, in fine, un regard sur l'homéopathie en cohérence avec ses convictions. Elle n'a d'ailleurs pas dit autre chose sur France Inter lorsqu'elle a également affirmé que « [son] ministère et [sa] responsabilité [étaient] de réapparaître comme la garante de l’information médicale et scientifique auprès des Français parce que les pouvoirs publics ont perdu de la crédibilité ». Pour l'homéopathie, il se peut donc que l'été soit chaud.

Par Benoît Thelliez

24 Mai 2018

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