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L'eau oxygénée, alliée des djihadistes

L'officine peut représenter, pour des terroristes, une véritable caverne d'Ali Baba. Y sont en effet vendus librement certains ingrédients qui entrent dans la composition d'explosifs.

Najim Laachraoui, Ibrahim El Bakraoui et Mohamed Abrini, le 22 mars dernier à l'aéroport de Bruxelles.

 

Quoi de plus inoffensif qu'un flacon d'eau oxygénée, vendu au comptoir pour son action hémostatique ou, plus prosaïquement, pour se décolorer les poils de la moustache ? Trente litres de ce produit ont pourtant été retrouvés dans un quartier de Bruxelles lors d'une perquisition policière, au lendemain des attentats qui ont endeuillé la capitale belge, selon l'Agence France-Presse (AFP). L'eau oxygénée entre en effet dans la composition du triperoxyde de triacétone (TATP) ou « peroxyde d'acétone ». Un explosif qui atteindrait 70 % de la puissance du trinitrotoluène (TNT). Surnommé « la mère de Satan » par les djihadistes, il a été utilisé dans les ceintures explosives des terroristes lors des attentats de Paris et Bruxelles et les vidéos, forums et autres sites expliquant comment le fabriquer sont légion sur Internet.

15 litres en officine

Or, « le 8 octobre dernier, à Beauvais (Oise), Salah Abdeslam avait pu se procurer dans une pharmacie 15 litres de ce produit désinfectant en vente libre jusque dans les grandes surfaces. Sans attirer l'attention. L'Ordre des pharmaciens a-t-il alerté son réseau d'officines pour les appeler à la vigilance ? » s'interrogeait l'édition du Figaro du 26 mars dernier. 
Une hypothèse peu plausible, à écouter ce pharmacien beauvaisien qui a souhaité conserver l'anonymat : « Ce ne sont pas des quantités en lien avec notre activité car, après l'ouverture, l'oxygène se perd rapidement. Nos contenants sont donc petits. Et si j'ai 15 flacons de 250 ml en stock, soit un peu moins de 4 litres d'eau oxygénée, c'est bien le maximum. Pour se procurer de grosses quantités, il faut se rendre plutôt dans une grande pharmacie, mais je serais étonné qu'un pharmacien ait un tel stock. Et de la même façon qu'une personne viendrait acheter 20 boîtes de lait, cela ne passerait pas inaperçu. Ou alors il faut acheter des petites quantités en plusieurs fois. Mais cela ne tient pas la route. » Interrogé, l'Ordre des pharmaciens n'a pas été en mesure de confirmer l'information du Figaro, probablement de source judiciaire.

De 30 à 130 volumes 

Une autre ques­tion se pose : les volumes des flacons (10, 20, ou 30) disponibles en pharmacie sont-ils suffisants pour confectionner des explosifs ? Difficile de répondre à cette question sans savoir quelle était la puissance recherchée par les djihadistes lorsqu'ils ont réalisé les leurs. Une « recette » dénichée sur la Toile mentionne en effet que, pour fabriquer du peroxyde d'acétone à 9 %, il faut du peroxyde d'hydrogène « à 9 % ou 30 volumes » mais que, pour du peroxyde d'acétone à 30 %, plus puissant, du peroxyde d'hydrogène « à 30 % ou 130 volumes » est nécessaire. Une di­lu­tion difficilement trouvable en pharmacie dans ce second cas car elle serait soumise à prescription, même si certains fournisseurs comme la Cooper vendent bien aux pharmaciens des bidons de 5 litres d’eau oxygénée à 110 volumes. Rappelons qu'au-delà de 20 volumes, l’eau oxygénée est sur liste II, d’après l’édition 2015 du recueil de textes officiels Substances vénéneuses, classification et réglementation
Le problème ne se limite toutefois pas à l'eau oxygénée. Sur Internet, les pharmacies sont clairement indiquées comme le lieu où se procurer les ingrédients qui servent à la fabrication de bombes ou d'explosifs, à savoir alcool à 90 degrés, iode, bicarbonate de soude, nitrate de potassium, soufre, sulfate de magnesium, etc. Bref, il va falloir apprendre à vous méfier de l'eau qui dort.

Par Claire Frangi

14 Avril 2016

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