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La prescription pharmaceutique envers et contre tous

Un rapport ordinal liste neuf propositions pour développer la pharmacie clinique en France.

©FOTOLIA/M.STUDIO

« À l'hôpital comme en ville, bien que pratiqués quotidiennement, les actes de pharmacie clinique manquent encore de visibilité. » Ce constat émane d'un rapport que vient de publier l'Ordre dans lequel il insiste sur la nécessité de développer davantage ces pratiques afin de « privilégier une approche encore plus globale du patient ». Au total, ce sont neuf propositions qui ont été émises, parmi lesquelles figurent l'extension des bilans partagés de médication aux pathologies chroniques (cancers, diabète…), la possibilité de réaliser « un panel plus important de tests rapides d'orientation diagnostique (Trod) » ou encore la création d'un acte de visite pharmaceutique à domicile. L'Ordre propose également d'intensifier les coopérations interprofessionnelles, de renforcer la démarche qualité de même que la traçabilité et la sécurisation des données du patient et estime qu'il est temps d'adapter les formations des pharmaciens en transformant, par exemple, le stage de six mois en sixième année d'officine par une année d'internat qui « permettrait aux officinaux de se spécialiser en pharmacie clinique sur le modèle suivi pendant quatre ans par les internes, futurs pharmaciens hospitaliers ».

Une idée pas si mauvaise

D'abord envisagé par la ministre de la Santé sous l'appellation moins polémique de « conseil pharmaceutique renforcé » après le listage des médicaments codéinés, la prescription pharmaceutique a bien failli voir le jour après un avis favorable de la commission des Affaires sociales lors du vote des amendements du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) 2019. Un coup d'épée dans l'eau puisque son rapporteur général, le député Olivier Véran (LREM, Isère) qui avait voté pour en commission, a finalement émis un avis défavorable dans l'Hémicycle, de même qu'Agnès Buzyn dont on a toutefois pu comprendre qu'elle ne trouvait pas l'idée si mauvaise que cela. Malgré tout, l'Ordre ne désarme pas et continue de faire de la prescription pharmaceutique une revendication assumée en la qualifiant de « piste d'avenir ». Il propose ainsi qu'en s'appuyant sur « des arbres décisionnels », les pharmaciens puissent « réaliser des conseils pharmaceutiques, y compris avec des médicaments sur prescription médicale obligatoire (PMO), comme cela se fait déjà au Québec ou en Angleterre ». Le PLFSS, définitivement adopté le 3 décembre, prévoit d'ailleurs une expérimentation destinée à réactiver le dispositif du « pharmacien correspondant ». Si l'on a donc pu clairement distinguer une volonté du ministère d'aller dans le sens de cette proposition, on a également perçu à quel point l'hostilité des représentants des médecins à son égard demeure un frein à sa mise en place, malgré les difficultés croissantes d'accès aux soins et l'engorgement des services d'urgence.

 

Par Benoît Thelliez

6 Décembre 2018

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