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La dispensation à l'unité livre ses secrets

Tous les résultats de l'expérimentation menée sur la dispensation à l'unité des antibiotiques critiques viennent d'être publiés. Avec quelques surprises à la clé.

© FOTOLIA/ONIZU3D

 

Rappelez-vous de la dispensation à l'unité, cette expérimentation qui avait agité le microcosme officinal. Sur fond de résistance croissante aux antibiotiques, la ministre de la Santé Marisol Touraine en avait fait une des cartes maîtresses de sa politique, imaginant même cette expérimentation se généraliser à terme. La dispensation à l'unité avait également connu un franc succès lors de la campagne présidentielle, puisque Marine Le Pen ou Emmanuel Macron avaient inscrit la mesure à leur programme. Une idée qui semble toutefois être passée de mode, l'actuelle ministre de la Santé Agnès Buzyn estimant que « la prudence est nécessaire par rapport à un discours répandu dans l’opinion publique, qui voudrait que ce soit simple ». Il n'empêche, pendant un an, entre fin 2014 et fin 2015, 75 pharmaciens ont testé la dispensation à l'unité et 25 officines ont servi de contrôle. Près de deux ans après la fin de ces expérimentations, on en connaît enfin les résultats, publiés dans la revue Plos One le 19 septembre dernier. Trois sessions de quatre semaines consécutives ont eu lieu ; sur les 1 185 patients qui y ont été inclus, 907 ont bénéficié de la dispensation à l'unité. La conclusion des chercheurs est positive : « Dispenser à l'unité n'est pas seulement bénéfique en termes de réduction de la quantité de médicaments à rembourser ou pour l'environnement mais a également un effet inattendu sur l'observance des traitements. »

Plus de 90 % d'observance

L'étude a ainsi permis de confirmer que, dans près de 60 % des cas, la quantité de comprimés prévue dans le packaging ne correspondait pas à la prescription. Logiquement, délivrer à l'unité a permis de diminuer de 9,9 % le nombre de comprimés délivrés, soit 23 comprimés en dispensation normale versus 20 à l'unité. Mais l'information la plus intéressante provient certainement de l'observance des patients, nettement améliorée grâce à la dispensation à l'unité. Un « résultat inattendu », selon les chercheurs. Un patient était considéré comme observant s'il ne lui restait plus aucun comprimé à la fin de son traitement : cette observance était de 65,6 % pour le groupe contrôle et grimpait à 91,4 % en cas de dispensation à l'unité ! Un résultat peut-être dû à une « simplification cognitive » : en d'autres termes, le traitement est bien fini si plus aucun comprimé ne reste. Selon les chercheurs, cela « confirme que, malgré les dires de l'industrie pharmaceutique ou des pharmaciens d'officine, il y a un décalage entre les prescriptions et les packagings ». L'étude attire également l'attention sur les économies potentielles pour l'Assurance maladie ainsi que sur une réduction de l'automédication sauvage pratiquée par les patients à qui il reste des antibiotiques. En revanche, et c'est un point crucial pour la profession, la « surcharge de travail pour les pharmacies » n'a pu être quantifiée dans cette étude. Reste à savoir ce que le ministère de la Santé va faire de ces résultats.

Par Laurent Simon

25 Septembre 2017

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