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La cosmétique se mobilise pour produire du gel hydroalcoolique

Depuis le 13 mars, sur arrêté ministériel, les entreprises de la filière cosmétique sont autorisées à fabriquer du gel hydroalcoolique. Une cinquantaine de sociétés sont engagées.

@ adobestock_jpc-prod

Il y a les mastodontes de la beauté comme  LVMH (site Dior près d'Orléans dans le Loiret, site Guerlain à Chartres en Eure-et-Loir et à Orphin dans les Yvelines, site Givenchy près de Beauvais dans l'Oise), L'Oréal (sur son site de Vichy depuis quelques jours et à travers ses marques La Roche-Posay et Garnier dans les prochaines semaines), Pierre Fabre, Hermès, Yves Rocher, Eugène Perma sur son site Parchimy à Reims, les laboratoires Expanscience et leur marque Mustela sur leur site d'Épernon en Eure-et-Loir, Hermès sur son site parfum du Vaudreuil dans l'Eure. Et il y a d'autres entreprises, plus petites, qui ont décidé de convertir une partie de leur outil de production pour fabriquer du gel désinfectant à destination des hôpitaux et établissements de santé, et même parfois des pharmacies. Ainsi, explique-t-on chez Cosmetic Valley France, « en moins de vingt-quatre heures, plus de 50 entreprises, dont de très nombreuses PME, ont déjà répondu à cet appel, suivant les initiatives des grands noms de la profession, LVMH et L'Oréal. Parmi elles, en Centre-Val de Loire : Reckitt Benckiser à Chartres, Inanive Lab à Nogent-le-Rotrou qui a fait un don de 1 700 flacons aux cinq pharmacies nogentaises ; en Normandie : les Laboratoires Gilbert à Hérouville-Saint-Clair près de Caen ; en Nouvelle-Aquitaine : PolymerExpert à Pessac près de Bordeaux, le Laboratoire Art&Cos à Amou dans les Landes, Parfum par nature à Estillac près d'Agen ; et en Île-de-France : le laboratoire Guinot-Mary Cohr à Dammarie-les-Lys ». Même la petite entreprise Biocréation Cosmetic, installée en milieu rural à Saintigny dans le Perche, a produit 600 kilos de gel hydroalcoolique (GHA) dans ses ateliers pour fournir, dès vendredi 20 mars, les pharmacies de Nogent-le-Rotrou et de La Loupe. Et les propositions continuent d'affluer de toutes parts, notamment des Hauts-de-France, d'Occitanie, d'Auvergne-Rhône-Alpes, du Sud…

La Febea et Cosmetic Valley France font le lien avec les hôpitaux

Pour mettre en relation les industriels et les hôpitaux et établissements de santé qui ont besoin en urgence de GHA, les instances coordinatrices, telles que la Fédération des entreprises de la beauté (Febea) et la Cosmetic Valley France, dont les adhérents sont les entreprises de la cosmétique, se sont mobilisées. « Notre rôle à la Febea est d'aider nos adhérents en leur fournissant le cadre réglementaire pour pouvoir fabriquer ce gel, monter le dossier, appliquer un étiquetage conforme… Les hôpitaux s'adressent à nous pour nous dire leurs besoins, les quantités qu'ils veulent, les conditionnements, et nous faisons le lien avec les industriels en capacité de les fournir », explique Anne Dux, directrice des Affaires scientifiques et réglementaires de la Febea, qui a travaillé, avec la Direction générale de la santé (DGS) et l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), à déverrouiller le cadre réglementaire qui empêchait les industriels de fabriquer du GHA, en raison de sa qualité de « biocide ». « D'un point de vue industriel, ceux de nos adhérents qui sont capables de fabriquer des gels hydroalcooliques sont tous ceux qui fabriquent du parfum », explique-t-elle. « Des fabricants d'alcool veulent aussi en fabriquer », ajoute-t-elle. D'ailleurs, Pernod Ricard a déjà offert 70 000 litres d'alcool pur au laboratoire Cooper, premier fournisseur de gels hydroalcooliques en pharmacie. Et des laboratoires comme Sanofi et Boiron ont aussi décidé de produire du GHA.

Mobilisation générale

Et les quantités ? « On aura les chiffres de production en fin de semaine prochaine, mais globalement, on peut compter entre 1 et 5 tonnes pour chaque production. Pour le moment, le plus productif a été Eugène Perma qui a pu répondre à beaucoup de demandes d'hôpitaux, ayant déjà produit plus de 100 000 unités de 100 ml offertes aux hôpitaux », explique Anne Dux. Mais avec les géants qui entrent dans la course, les volumes vont vite grimper. D'ores et déjà, LVMH a produit, dès le premier jour, 10 000 flacons, qui ont commencé à être livrés gracieusement dès lundi 16 mars aux 39 hôpitaux de l'AP-HP. Et le groupe indiquait, mercredi 18 mars, que dès la fin de cette semaine, le rythme de production hebdomadaire de 12 000 tonnes serait atteint. De son côté, Marc-Antoine Jamet, président du pôle Cosmetic Valley, déclare, solennel : « La situation est claire. Le président de la République a souligné qu'il y avait une urgence de guerre. Une filière qui atteint l'excellence lorsque les temps sont calmes ne peut pas rester l'arme au pied devant une crise qui multiplie les malades et plonge tous les Français dans l'angoisse. Je souhaite que ce mouvement prenne la forme d'une mobilisation générale afin que nous participions au recul de l'épidémie et à sauver des vies humaines. »

Simplifications douanières

Par ailleurs, aujourd'hui, Gérald Darmanin a annoncé la mise en œuvre, à titre exceptionnel, de simplifications douanières supplémentaires pour faciliter et accélérer la fabrication de GHA. Le ministre de l'Action et des Comptes publics autorise ainsi, à titre dérogatoire, les fabricants de GHA à remplacer l'alcool dénaturé par de l'alcool nature dans la formule de fabrication. Autorisation qui sera accordée aux fabricants de GHA par les services douaniers pour continuer à bénéficier de l'exonération de droits.

Par Hélène Bry

20 Mars 2020

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