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Des laits pas si hypoallergéniques

Les laits censés éviter aux bébés de développer des allergies ultérieures ne diminuent pas ce risque selon l'Inserm et l'Inra.

© ADOBESTOCK_SASENKI

Les laits hypoallergéniques sont régulièrement conseillés en France pour les nourrissons qui ne sont pas allaités au sein mais dont au moins un parent ou un membre de la fratrie a des antécédents d'allergie. Ils sont censés protéger le bébé de l'éventuelle survenue de manifestations allergiques grâce à l'hydrolysation des protéines du lait de vache. Au passage, s'ils sont souvent prescrits en France, leur efficacité est controversée ailleurs au point que « certaines sociétés de pédiatrie comme la société américaine de pédiatrie et la société suisse de pédiatrie ont récemment retiré leur recommandation vis-à-vis de ces préparations infantiles », soulignent l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (In­serm) et l'Institut national de la recherche agronomique (Inra) dans des communiqués publiés le 26 août dernier. Dans une étude qu'ils ont pu­bliée dans le numéro de septembre de la re­vue Pe­dia­tric Al­lergy and Im­mu­no­logy, des chercheurs français montrent ainsi que l'utilisation de ces laits hypoallergéniques n'est pas associée à un moindre risque d'allergies.

Effet paradoxal

Pour démontrer cela, ils ont suivi pendant deux ans 15 000 enfants dans le cadre de l'Étude longitudinale française depuis l'enfance (Elfe) conduite par l'Institut national d’études démographiques (Ined) et l'Inserm : une ambitieuse enquête qui cherche à mieux comprendre comment l'environnement affecte le développement, la santé, la socialisation et les parcours scolaires de l'enfant. Conclusions : « En suivant les enfants de l'étude Elfe jusqu'à l'âge de 2 ans, les scientifiques n'ont observé aucun effet protecteur de ces produits contre d'éventuelles manifestations allergiques comparativement aux préparations infantiles classiques. Au contraire, l'utilisation à 2 mois de préparations hypoallergéniques chez des enfants sans signe d'allergie à cet âge était associée, dans les années qui suivent, à un risque plus élevé de sifflements respiratoires et d'allergies alimentaires », ajoute même le communiqué de l'Inserm. Les chercheurs de l'Inra et de l'Inserm ont aussi découvert que 5 % des bébés allaités artificiellement à 2 mois le sont avec ces laits hypoallergéniques mais que la moitié d'entre eux n'a, pourtant, aucun antécédent familial d'allergie justifiant cette prescription. « Ces résultats épidémiologiques devront être complétés par de nouvelles études », conclut l'Inserm. « Ils apportent en outre des arguments en faveur d'un nouveau règlement européen, qui entrera en vigueur en 2021 et qui imposera la réalisation d'études cliniques sur ces produits avant de promouvoir un effet protecteur face au développement d'allergies. » Des résultats qu’il serait d’ores et déjà bon de prendre en compte lors du conseil au comptoir.

Par Hélène Bry

30 Août 2019

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