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Comment affronter la déflagration économique et sociale

Les conseils de François Gillot, expert-comptable et maître de conférences associé à la faculté de pharmacie de Lille.

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De quelle façon ont réagi vos clients ­pharmaciens ? 
Tous sont combatifs et s’accro­chent. Avec les mesures de confinement, beaucoup s’inquiètent du maintien de leur activité. Je constate une stabilité en mars (notamment avec le pic d’activité préconfinement de mi-mars) pour les officines rurales, urbaines et semi-urbaines ayant une composante de leur chiffre d’affaires importante en médicaments, mais en avril la tendance sera à la baisse. Les officines ­d’hyper centre-ville, de centres commerciaux et frontalières connaissent pour certaines un véritable effondrement de leur activité. Dans ces situations, des mesures d’urgence sont indispensables.

Quelles mesures financières d’urgence préconisez-vous ?
Principalement un report des échéances bancaires d’emprunts. Les banques ont largement communiqué sur le sujet, avec parfois des propositions faites spontanément par le conseiller bancaire, voire le report systématique, sauf avis contraire du client. Il s’agit de différer le remboursement des emprunts professionnels (fonds de commerce, travaux, équipements, acquisition de l’immobilier professionnel) jusqu’à six mois. Le report se fera aux conditions de taux, de garanties et d’assurance du contrat de prêt en vigueur. Ce report aura pour conséquence d’allonger la durée du prêt initial pour une durée équivalente à la durée du report. Pour les situations les plus tendues, je recommande de recourir au « prêt garanti par l’État » et de solliciter l’intervention de Bpifrance.

Une baisse de chiffre ­d’affaires permet-elle de recourir à l’activité partielle ?
Cette mesure sociale fait ­partie des options envisagées par les pharmaciens d’officine à la suite des annonces du gouvernement en faveur d’un assouplissement de ce dispositif. Les demandes d’activité ­partielle, formulées par les employeurs, doivent préciser le motif exceptionnel de recours lié à la crise sanitaire, les circonstances détaillées et la situation ­économique à l’origine de la demande. La mise en place de cette mesure a été largement facilitée et les délais de traitement extrêmement réduits, avec l’acceptation tacite en cas d’absence de réponse 48 heures après le dépôt de la demande. Toutefois, l’indemnisation de l’activité partielle ne sera pas systématique. Cette mesure n’est pas une compensation à la perte de chiffre d’affaires de l’entreprise et ne doit pas être considérée comme une aide à la trésorerie. Il ­faudra apporter des preuves et certaines demandes risquent de faire l’objet d’un refus. Les dossiers acceptés seront sans doute ceux qui justifieront d’une baisse d’activité conséquente, la fermeture totale de l’officine n’étant pas possible.

Par Fabienne Rizos-Vignal

13 Avril 2020

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