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Clic de fin pour le site Arretmaladie.fr ?

L’Assurance maladie et l’Ordre des médecins vont saisir la justice avec l’intention de faire fermer ce site qui propose d’obtenir des arrêts de travail à distance.

Capture d'écran

Un « dévoiement de la médecine » pour Agnès Buzyn, des « pratiques trompeuses et mercantiles » pour l’Ordre des médecins, le site Arretmaladie.fr suscite de vives réactions, voire l’indignation. Comme son nom l’indique sans ambiguïté, il propose de délivrer un arrêt maladie en quelques clics seulement. « Si vous êtes trop malade pour travailler, vous pouvez consulter un médecin en ligne (25 euros) pour éventuellement avoir un repos (3 jours max) », peut-on lire sur la page d’accueil. En pratique, il suffit de remplir un questionnaire à distance et de consulter un médecin par vidéo. En retour, le patient reçoit un document au format PDF (déposé dans un espace en ligne sécurisé) à transmettre directement à son employeur. 
À l’origine de ce site, une start-up allemande qui vise la délivrance de 40 000 à 50 000 arrêts de travail en France, en 2020. Mais la Caisse nationale de l’assurance maladie (Cnam) ne l’entend pas de cette oreille. Dans un communiqué du 7 janvier, elle annonce qu’elle va mettre en demeure immédiatement le site de cesser ses activités et engager également, à cette fin, une action en référé. Et elle n’est pas la seule. Le Conseil national de l’Ordre des médecins (Cnom) a lui aussi décidé d’enclencher la même action en justice.

Problème d’éthique

« Au moyen de formules accrocheuses, le site vante l’instantanéité du processus et suggère que toute demande d’arrêt maladie sera satisfaite, portant ainsi atteinte à l’image de la profession en assimilant l’activité médicale à une activité commerciale », dénonce le président du Cnom, Patrick Bouet. « Si l’Ordre des médecins se place résolument dans une dynamique d’accompagnement des nouvelles voies offertes par la e-santé, il condamne sans réserve toute velléité d’ubérisation de la médecine, ajoute-t-il. Garant de la déontologie médicale, il défendra toujours l’idée selon laquelle la télémédecine doit être soumise aux mêmes obligations réglementaires et déontologiques que les autres formes de pratiques médicales, dans un parcours de soin coordonné, au service des patients. » De son côté, la Cnam alerte les assurés sur le fait que « la prise en charge par l’Assurance maladie des téléconsultations appelle le respect d’un certain nombre de conditions, qui ne sont pas remplies en cas de recours à ce site ». Pour elle, il est « éthiquement critiquable de faire la promotion d’un site de consultations médicales en ligne à partir de la promesse de l’obtention facilitée d’un arrêt de travail », soulignant que « les arrêts de travail ne sont pas des produits de consommation susceptibles d’être distribués sur demande des patients »
Sur Twitter, les réactions sont nombreuses. Le syndicat de médecins généralistes MG France, par exemple, qualifie l’initiative de ce site internet de « n’importe quoi ». « Si c’est ça la télémédecine, laissez tomber ! » lance-t-il. Refusant toute ubérisation de la santé, le président de la FSPF, Philippe Besset, estime, lui, qu’il s’agit d’un « détournement du principe de la téléconsultation qui ne peut se faire que dans le cadre d’un exercice coordonné ».

Par Christophe Micas

10 Janvier 2020

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