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Les antirhumes fixés sur leur sort fin 2015

Deux académiciens préconisent de délivrer les décongestionnants oraux uniquement sur ordonnance... L'ANSM étudie la question.

Jean-Paul Giroud, pharmacologue et auteur de nombreux guides d'automédication, et Jean-Louis Montastruc, chef du service de pharmacologie médicale et clinique du Centre hospitalier universitaire de Toulouse et grand spécialiste de la pharmacovigilance, ont pointé dans un communiqué de l'Académie de médecine paru le 29 juin le paradoxe suivant : « Actuellement en France, les formes nasales de ces vasoconstricteurs [éphédrine, phényléphrine, oxymétazoline, naphazoline, tuaminoheptane] sont toutes soumises à prescription alors que les formes orales [pseudoéphédrine, phényléphrine] sont toutes en vente libre. » Il est vrai que l'inverse serait plus logique. De plus, « ces médicaments déterminent des effets indésirables, liés à leur mécanisme d'action, comme une hypertension artérielle, des syndromes coronariens aigus, des troubles du rythme cardiaque ou des accidents vasculaires cérébraux. Les données de pharmacovigilance montrent que ces effets indésirables déclarés sont certes très rares [moins de 1 sur 1 million de boîtes vendues, NDLR] mais graves et dans tous les cas imprévisibles. » 

Possible listage

Résultat des courses, l'Académie recommande que les vasoconstricteurs par voie orale soient délivrés seulement sur ordonnance. En 2011, « 15 cas graves [sur une période de onze mois, NDLR] d’effets indésirables cardio-vasculaires ou neurologiques, survenus chez des patients ayant pris une spécialité renfermant un vasoconstricteur », avaient amené l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) à rappeler leur bon usage. Un premier coup de semonce suivi en 2013 de la mise en place d'une étude pharmacoépidémiologique avec tous les laboratoires concernés et dont les résultats seront connus à la fin de cette année. Les autorités sanitaires auront alors plusieurs choix : poursuivre simplement la surveillance de ces décongestionnants par voie orale ou nasale, modifier les contre-indications ou mises en garde dans les notices, lister les molécules qui le nécessitent, voire, « en cas de risque avéré et majeur », suspendre ou retirer des autorisations de mise sur le marché.

Par Laurent Simon

29 Juin 2015

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