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60 millions de consommateurs proscrit beaucoup (trop) de médicaments OTC

Le nouveau hors-série du magazine militant ne déroge pas à son habituelle condamnation de l'automédication.

© adobestock_fotomek

Après un hors-série uniquement consacré aux compléments alimentaires à l'automne 2019, le magazine des consommateurs y revient tout en faisant une large place, cette année, aux médicaments OTC. Si le thème de la médication revient régulièrement dans les colonnes du mensuel, il est cette fois présenté en collaboration avec la rédaction de Prescrire, dont il est dit que les rédacteurs « ont participé à l’élaboration de la méthodologie et relu chacun des articles de ce hors-série ». Dont acte. Dans ce numéro titré « Médicaments sans ordonnance, que garder, que proscrire ? », l'angle choisi n'étonnera pas les connaisseurs : un bandeau « effets secondaires, interactions, dosages... Nos experts vous alertent » barre la Une et donne le ton. L'éditorial ne dénote pas : selon la rédactrice en chef adjointe, « moins de 15 % des produits [...] étudiés sont à conseiller ». De conseil pharmaceutique, il n'est pas question en ouverture du magazine sauf pour évoquer « les pharmacies [...] prises d’assaut [au moment de l'annonce des doutes sur l'innocuité de l'ibuprofène dans un contexte d'épidémie de Covid-19] et certains clients [qui en] sortent avec... huit boîtes de paracétamol ». Une affirmation gratuite et polémique sur laquelle aucun article ne reviendra dans la suite du magazine.

Pas de quartier

Dans l’indication « Toux, mal de gorge », chacune des 12 spécialités testées est considérée comme « à proscrire »… Si cela n’étonne pas vraiment pour le sirop Humex Toux sèche à base d’oxomémazine (présenté comme pouvant provoquer des troubles du mouvement, des convulsions et des comportements suicidaires et violents), on peut trouver saugrenu le reproche fait aux pastilles Drill associant chlorhexidine et tétracaïne de favoriser notamment l’envie de sucre. Stodal sirop est, lui aussi, épinglé pour sa teneur en sucre et la présence d'alcool dans sa formule - le premier point pouvant être réglé en conseillant la version « sans sucre » et le second en optant pour la version granules... Mais encore faudrait-il le (faire) savoir. Côté « Rhume et allergie », les dosettes de Prorhinel Rhume contenant polysorbate 80 et bromure de benzododécinium sont « à proscrire » car elles exposent à des irritations nasales et à des allergies. La solution pour inhalation Balsolène est également « à proscrire », car elle comprend des dérivés terpéniques interdits aux femmes enceintes et dangereux pour les enfants. Oui, mais si on l'utilise dans le respect des consignes affichées, cette spécialité est-elle toujours condamnable ? Il n'en est pas fait mention. Les thématiques « Douleurs abdominales », « Stress et troubles du sommeil » et « Douleurs » sont également traitées, tout comme il est plus loin question des compléments alimentaires conseillés contre la fatigue, dans l’amélioration du sommeil, de l’immunité ou encore du fonctionnement du système digestif.

L'aveu final

Globalement, les reproches faits aux spécialités visées ne sont en rien révolutionnaires. Les effets indésirables pointés du doigt sont connus, et figurent même dans les notices, pour ceux qui en douteraient. On pourra donc s’interroger sur l’analyse de la balance bénéfice-risque opérée par les rédacteurs. Oui, bien-sûr, il y a un risque à prendre du Prontadol (paracétamol et caféine) par exemple, comme il y a un risque à prendre tout médicament. Et un risque à ressentir de la douleur sans pouvoir être soulagé, donnée qui n'est jamais prise en considération par ces analyses. Mais, à en croire le magazine, ce qui justifie le classement de cette spécialité précise dans la catégorie « à proscrire », c’est que « l’information majeure " à partir de 15 ans et contre-indiqué chez les moins de 50 kg " est précisée uniquement sur la notice »… De quoi rester pantois. De façon générale, l’existence du conseil officinal est très insuffisamment prise en compte, pas plus que le bon sens des patients dont on sent, en creux, qu’il ne pèse pas bien lourd dans l’esprit des rédacteurs. On se consolera peut-être en notant que, parmi les réflexes à avoir en matière d’automédication, demander conseil à un pharmacien figure au deuxième rang des suggestions. Un aveu du fait que votre intervention n’est donc pas si inutile ?

Par Alexandra Chopard

16 Octobre 2020

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